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Victime de la rage au volant: «Ma sentence, moi, elle est à vie»

Claudia Berthiaume | Le Journal de Montréal

La victime, François Fugère, lors du verdict, en janvier dernier, au palais de justice de Saint-Jérôme.

La victime, François Fugère, lors du verdict, en janvier dernier, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Un homme qui a frôlé la mort et qui est devenu partiellement aveugle à la suite d’un épisode de rage au volant est très insatisfait de la peine de trois ans de détention dont a écopé son agresseur, hier.

« Ça fait très dur la justice au Québec », a laissé tomber François Fugère, avec amertume.

Celui qui a failli mourir il y a plus de trois ans était très aigri, hier, à sa sortie du palais de justice de Saint-Jérôme.

« Mme [la juge Kathlyn] Gauthier n’a pas été juste. Ma sentence, moi, elle est à vie. Je m’attendais à ce qu’il ait vraiment cinq ans [de détention] », a lancé le père de famille.

Sentence à mi-chemin

Cinq ans de pénitencier, c’est la peine que réclamait la Couronne à l’endroit de Daniel Brunelle.

La défense avait quant à elle suggéré une sentence de 18 mois de prison, assortie d’une probation de deux ans.

La juge Gauthier a tranché à mi-chemin entre les deux propositions, hier, en imposant trois ans d’incarcération à Brunelle.

Ce dernier a pris le chemin des cellules sur-le-champ, sans réaction particulière.

L’homme de 56 ans a été reconnu coupable en janvier dernier de voies de fait graves, d’agression armée et de port d’arme dans un dessein dangereux.

Accrochage sur l’autoroute

Les faits remontent au 22 juillet 2016.

Ce jour-là, Brunelle a accroché la remorque tirée par François Fugère en effectuant un changement de voie sur l’autoroute 25, sur la Rive-Nord.

Les deux automobilistes ont quitté les voies rapides pour se rejoindre dans un stationnement situé à l’angle des boulevards Moody et des Seigneurs, à Terrebonne.

M. Fugère était accompagné de son fils William, alors âgé de 15 ans.

Les dommages matériels étaient somme toute mineurs, mais M. Fugère était plutôt fâché lorsqu’il est descendu de son camion.

Coup de poing et coups de couteau

Il a insulté l’accusé, qui lui a rétorqué de se calmer et de ne pas lui parler sur ce ton.

M. Fugère lui a alors asséné un coup de poing au visage, selon ce qui a été relaté au procès.

Brunelle a répliqué en poignardant la victime à cinq reprises avec un petit couteau qu’il portait à sa ceinture.

Hospitalisé pendant deux mois, M. Fugère conserve des séquelles permanentes de l’agression.

Les coups de couteau ont perforé son thorax, un poumon, un rein et son intestin.

Comble de malheur, une bactérie provenant de l’arme a migré jusqu’à son œil, lui faisant perdre 80 % de sa vision.

« Je n’ai pas recommencé à travailler trois ans plus tard et ce n’est pas près d’arriver », a insisté M. Fugère, hier.

Lors des observations sur la peine, Brunelle avait témoigné que son intention était de se défendre et de survivre, et non de faire mal à quiconque.

Mais la juge Gauthier doute de la sincérité des remords de l’accusé, qui a porté le verdict de culpabilité en appel.

Pas de légitime défense

La magistrate avait d’ailleurs rejeté du revers de la main la légitime défense plaidée par Brunelle lors du procès, estimant plutôt que celui-ci avait « utilisé une force non nécessaire, démesurée et dangereuse ».

« Le Tribunal considère que l’accusé n’a pas pris conscience du tort causé à la société et aux victimes », a-t-elle statué, hier.

– Avec la collaboration de Christian Plouffe

♦ François Fugère a intenté une poursuite civile à l’endroit de son agresseur. Il lui réclame plus de 330 000 $ en dommages.