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Ce que l'on sait de l'affaire du «lanceur d'alerte»

Agence France-Presse

Un mystérieux lanceur d'alerte a ulcéré Donald Trump et suscité un vif intérêt chez les démocrates en s'inquiétant de certains échanges entre le président américain et un dirigeant étranger.

Voici ce que l'on sait de cette affaire obscure:

Le 12 août, un «employé, détaché ou contractuel» des services de renseignement a saisi l'inspecteur général de cette administration, Michael Atkinson, pour lui signaler un problème «urgent».

Le 26 août, après avoir jugé cet informateur «crédible», M. Atkinson a transmis le signalement au directeur par intérim du renseignement national (DNI) Joseph Maguire, afin qu'il informe le Congrès.

Mais celui-ci, arrivé très récemment à son poste, a laissé expirer le délai de sept jours, prévu par la loi qui protège les lanceurs d'alerte, sans notifier les parlementaires.

Le 9 septembre, M. Atkinson a écrit aux commissions du renseignement des deux chambres du Congrès américain pour leur signaler l'existence de ce signalement, sans révéler son contenu.

La commission de la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, a immédiatement exigé d'y avoir accès, mais s'est heurtée à un mur.

Le DNI, après avoir consulté le ministère de la Justice, a assuré ne pas être obligé de communiquer le signalement aux élus et il a interdit à M. Atkinson, auditionné jeudi au Congrès, d'en dire plus.

Cette attitude a nourri les soupçons d'une intervention haut placée.

«On n'arrive pas à savoir si la Maison-Blanche est intervenue pour empêcher l'information d'arriver au Congrès», a déploré jeudi le président démocrate de la commission de la chambre basse, Adam Schiff, tout en évoquant des «indices» qui pointent vers Donald Trump et son entourage.

Le Washington Post et le New York Times assurent tous deux que le lanceur d'alerte s'est inquiété de la teneur d'échanges entre Donald Trump et un dirigeant étranger, à qui le président américain aurait notamment fait «une promesse» troublante.

Les deux quotidiens ont ajouté jeudi soir, sur la base de sources officielles anonymes, qu'une partie du signalement concernait l'Ukraine.

Le 25 juillet, Donald Trump s'était entretenu par téléphone avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, un ancien comédien novice en politique qui a été élu en avril à la tête de ce pays gangrené par la corruption.

Les élus démocrates du Congrès avaient, avant que cette affaire n'explose, déjà ouvert une enquête parlementaire sur les relations entre la Maison-Blanche et l'Ukraine.

Ils veulent déterminer si Donald Trump et son entourage ont fait pression sur le gouvernement ukrainien afin qu'il ouvre une enquête pour corruption sur Joe Biden, favori de la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020.

Dans une interview jeudi soir, l'avocat de Donald Trump, Rudy Giuliani, a reconnu avoir demandé à Kiev d'enquêter sur le fils de Joe Biden, Hunter, qui a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, lorsque son père était vice-président de Barack Obama.

M. Giuliani a ajouté avoir demandé à l'Ukraine d'«examiner les allégations (...) qui impliquaient indirectement Joe Biden dans une grosse affaire de corruption».

Dans ce contexte, des élus démocrates s'étaient interrogés sur les raisons pour lesquelles une aide militaire de 250 millions de dollars destinée à l'Ukraine avait été suspendue par l'administration. Celle-ci a finalement été débloquée le 11 septembre.

Vendredi, le Wall Street Journal a assuré que Donald Trump avait demandé à huit reprises au président ukrainien l'ouverture d'une enquête sur Hunter Biden, lors de leur conversation du 25 juillet.

Donald Trump a assuré vendredi que ses conversations avec ses homologues étaient toujours «irréprochables», mais a refusé de dire s'il avait parlé de Joe Biden avec le président Zelensky.

«Ce dont j'ai parlé n'a pas d'importance», a-t-il répondu à un journaliste qui l'interrogeait à ce sujet, avant d'ajouter que «quelqu'un devrait se pencher sur Joe Biden».

Le favori de la primaire démocrate a rejeté tout soupçon entourant les affaires de sa famille en Ukraine, en insistant qu'«aucun média crédible n'a(vait) jugé crédible cette affirmation».

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