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Le trouble anxieux, moteur de créativité pour Simon Gouache

Marie-Hélène Goulet | Agence QMI

Sébastien St-Jean / Agence QMI

La vie de Simon Gouache a changé du tout au tout lorsqu’il a pris le pari de consulter des spécialistes et fait les démarches pour aller mieux. Aujourd’hui, il n’hésite pas à s’ouvrir sur l’anxiété. L’humoriste vous invite à Une belle soirée, un deuxième one man show au titre qui évoque le message qu’il veut livrer aux gens souffrant du même mal: la vie peut être plus belle qu’ils ne l’imaginaient.

Simon, vous vivez avec un trouble anxieux. Pourquoi acceptez-vous d’en parler aussi ouvertement?

Je me suis longtemps demandé si j’allais en parler, parce que je ne voulais pas attirer la pitié. Puis, un soir, je suis tombé sur une émission de télé où on discutait de l’anxiété. Il y a avait quatre personnes participantes, et le point commun de leurs discours, c’était à quel point c’est difficile à vivre. J’ai trouvé que ce message n’apportait rien de bon aux personnes qui souffraient chez elles. J’ai un message beaucoup plus positif à véhiculer.

Quel message voulez-vous faire passer à ceux aux prises avec ce problème?

Je veux qu’ils sachent que c’est possible de s’en sortir s’ils vont chercher de l’aide, font des démarches, gardent courage et, surtout, arrêtent de se taper sur la tête en se culpabilisant. Ils peuvent être plus heureux qu’ils l’ont jamais imaginé. L’anxiété peut même devenir un outil extraordinaire dans leur vie.

Comment avez-vous découvert que vous faisiez de l’anxiété?

Ce sont d’abord mes bons amis les humoristes Louis T et François Bellefeuille qui ont sonné une cloche en me disant qu’ils pensaient que je pouvais être plus heureux. J’ai alors fait des démarches concernant le TDAH, mais elles n’ont pas été concluantes. Puis, au passage de la vingtaine à la trentaine, je me suis retrouvé à la croisée des chemins. On aurait dit que rien ne m’affectait; je vivais tout avec détachement. Je me suis demandé: «À quoi bon me forcer à être une bonne personne si c’est ça, la vie?»

Qu’avez-vous alors fait?

J’en ai parlé à mes parents. C’était difficile pour moi de leur avouer que leur fils n’était pas heureux. Je me sentais mal. Au fond, ils se doutaient déjà de quelque chose. Mon frère et eux ont été très aidants et m’ont offert beaucoup de soutien. Après, j’ai entrepris des thérapies et rencontré un psychiatre qui a émis un diagnostic de trouble anxieux et m’a orienté vers une médication.

Comment avez-vous tourné votre trouble anxieux à votre avantage?

Ç’a été un moteur immense à ma créativité! Je fais de l’anxiété ruminatoire, c’est-à-dire que je suis toujours en train de rouler la même idée dans ma tête. Avant, je pouvais perdre le contrôle sur ces idées et me convaincre de choses qui n’avaient aucun bon sang! Je rumine toujours, mais maintenant, ce sont de bonnes idées pour mon travail sur scène. C’est très positif! Par exemple, contrairement à d’autres humoristes, je n’ai pas besoin d’écrire mes numéros et de les relire pour les apprendre, ils me restent en tête. C’est une force pour moi.

Votre style d’humour a-t-il changé depuis que vous goûtez au bonheur?

Avant, on me faisait souvent le commentaire que j’avais l’air prétentieux sur scène, au-dessus de mes affaires. Je réalise que c’était une grosse carapace. Je faisais comme si la réaction du public ne m’affectait pas, alors qu’elle me touche beaucoup en réalité. Je pense que l’honnêteté et l’authenticité sont les clefs de la créativité. Maintenant que je suis devenu honnête avec moi-même, tout a changé. J’ai réalisé que je voulais faire de la scène pour le restant de mes jours.

Vous n’en étiez pas certain auparavant?

Je l’avoue, je me suis inscrit à l’École nationale de l’humour parce que je ne savais pas quoi faire d’autre de ma vie. Je me disais que pendant ces années-là, j’aurais une raison de me lever le matin. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai fait du «stand-up» deux ou trois ans, mais ce n’était pas encore ma passion. J’ai ensuite travaillé en publicité deux ans, puis j’ai réalisé que si je voulais vraiment faire de l’humour mon métier, il fallait que je me concentre sur la scène. J’ai eu la grande chance d’être pris par Louis-José Houde pour assurer la première partie de son spectacle au moment où, grâce à la prise de médicaments, je me sentais plus authentique. J’ai vécu une passionnante connexion avec le public.

Votre premier spectacle, «Gouache par Simon Gouache», a obtenu un succès-surprise; les ventes de billets se sont chiffrées à 65 000. À quoi aspirez-vous pour votre deuxième one man show?

Pendant un an, j’ai donné mon premier spectacle devant des salles de 80 personnes, mais souvent aussi de 25. J’aime penser que j’ai travaillé tellement fort que le bouche-à-oreille a fait son oeuvre. Je n’ai pas d’aspiration pour le deuxième, j’espère juste que le plus de gens possible viendront le voir. C’est un show que je considère plus efficace, plus profond que le premier, et il me ressemble davantage. Je veux pouvoir le faire tant que j’en aurai envie, car je l’adore!

Il s’intitule «Une belle soirée». C’est quoi une belle soirée, pour vous?

C’est simple, c’est une belle soirée! C’est un titre que j’ai trouvé quand j’ai décidé de m’enlever de la pression sur les épaules concernant ma carrière. On dit souvent que les humoristes sont le miroir de la société, c’est vrai, mais je ne prends plus ça comme un devoir. Il y a des gens qui vont entendre un message à travers mes numéros, d’autres à qui ça peut inspirer des changements dans leur vie, et c’est tant mieux pour eux, mais ce n’est pas mon mandat. Mon but, c’est qu’en sortant de la salle ils se disent: «Mais quelle belle soirée j’ai passée!» C’est là-dessus que je mets tous mes efforts et mon énergie.

Simon Gouache est en tournée avec «Une belle soirée» (simongouache.com). L’organisme Revivre vous invite à la marche-bénéfice J’avance en marchant, qui en est à sa deuxième édition, le 29 septembre, à Montréal (revivre.org).