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Patrice Coquereau: briser les tabous pas à pas

Michèle Lemieux | Agence QMI

Agence QMI

Le 11 juillet, Patrice Coquereau s’est lancé dans son projet Pas à pas, une grande marche de Longueuil à Rimouski. En six semaines, il a parcouru 570 km le long de la route 132 afin, entre autres, d’aller à la rencontre des gens pour les sensibiliser aux troubles anxieux et d’aider financièrement l’organisme Phobies-Zéro, dont il est porte-parole.

Patrice, vous venez de finir un important périple à pied. Pourquoi avoir entrepris cette longue marche à travers le Québec?

Je voulais pouvoir parler librement de l’anxiété et de ses différentes déclinaisons. Elle est partout, omniprésente, à divers degrés. La marche avait pour but d’obtenir de la visibilité, d’aller sur le terrain recueillir des témoignages, de récolter des fonds pour Phobies-Zéro, dont je suis le porte-parole depuis trois ans. Ç’a été très concluant, car le projet s’est vraiment bien déroulé!

Comment se sont passées ces six semaines?

Tout s’est bien passé, même la météo a été au rendez-vous: il n’y a eu que cinq heures de pluie... La réponse des médias a été hallucinante! Les gens sont venus à ma rencontre en auto, en moto, en vélo, à pied.

Les gens se sentaient libres de parler ouvertement de leur anxiété?

Oui. Ils m’arrêtaient pour me parler ou m’invitaient à aller chez eux. Je rentrais dans l’intimité des gens. Ils connaissaient la nature de mon projet et ils s’ouvraient, car ils ne sentaient pas jugés. Ç’a été magique, touchant, bouleversant! L’anxiété est fort répandue, et le nombre de gens qui en souffrent est en augmentation. Elle touche toutes les générations, des personnes de toutes les conditions sociales. Elle ne tient compte ni du sexe ni de l’orientation sexuelle ou des croyances. Les gens m’ont raconté des histoires de détresse, de fatigue psychique ou émotionnelle, de peurs. Ça m’a confirmé qu’il y a beaucoup de blocages, de limites, de recherche d’équilibre laborieuse, de honte. Les gens ont peur d’être stigmatisés ou associés à la faiblesse et à l’échec.

Diriez-vous que votre démarche a aidé les gens à assumer cette part d’ombre?

Je sais que j’ai pu favoriser l’ouverture et la prise de parole chez ceux qui souffrent d’anxiété. Le premier pas est toujours difficile à faire. Ça demande du courage. Il faut s’affranchir de cette étiquette.

Y a-t-il eu des moments difficiles?

Non. La première journée par contre, j’ai eu un doute. Après 20 kilomètres, je me suis senti très fatigué. Mon copain et une amie m’avaient accompagné pour le début du périple, mais ils étaient partis. Je me suis demandé si mon projet n’était pas un peu fou... Dès le lendemain, les témoignages que j’avais reçus m’avaient tellement nourri et porté que je n’ai plus été effleuré par le moindre doute. J’étais très déterminé et convaincu que j’allais le mener à terme. Je ressentais une grande gratitude. J’ai été bouleversé, ému par la réponse des gens. Elle a été au-delà de mes espérances.

Qu’est-ce qui vous a le plus touché durant cette expérience?

Les confidences que j’ai reçues, dont celle-ci, particulièrement touchante: une dame m’a dit que la fille de sa voisine s’était suicidée à l’âge de 12 ans parce qu’elle souffrait trop d’anxiété... C’est terrible!

Avez-vous pu compter sur le soutien de Louis, votre partenaire de vie?

Louis, c’est mon amoureux, mon complice de vie pour la vie. Il m’a accompagné l’équivalent du tiers du trajet, tout en continuant à faire son travail d’agent de bord. Il m’a appuyé dans ma démarche.

Patrice, comment avez-vous réussi à régler votre problème d’anxiété?

J’ai beaucoup pataugé. C’est à force d’essais et d’erreurs que j’y suis parvenu. J’ai cheminé par moi-même, mais, si je n’avais pas réussi mon pari, j’aurais emprunté une autre voie. J’ai un parcours de guérison atypique: je n’ai pas pris de médication, je n’ai pas eu un suivi thérapeutique traditionnel. J’ai pressenti qu’au lieu de fuir ou de paralyser, ce qui est souvent la réponse à l’anxiété, je devais faire face.

Initialement, y a-t-il eu un déclencheur?

En 1983, j’ai fumé un joint et j’ai très mal réagi au THC. Toute ma réalité s’est instantanément déconstruite, comme un miroir qui se brise. Le quotidien était subitement devenu très difficile. Mon métier m’a aidé, mais aller sur scène était très pénible. Quand je prenais le métro, je ressortais du wagon après deux stations. Je laissais passer les trains, puis j’en reprenais un. Tout me rentrait dedans! J’étais perméable à tout: la vitesse, la chaleur, les états d’âme des gens. J’absorbais tout! Reprendre l’avion a été très dur, mais je me suis obligé à le faire pour en arriver à me désensibiliser graduellement.

Que diriez-vous à ceux qui souffrent?

J’ai rencontré des centaines de personnes, notamment parce que je donne des conférences depuis cinq ans. Oui, l’intensité peut varier selon les individus, mais l’anxiété est devenue un phénomène de société. Il ne faut pas hésiter à en parler. Le premier pas consiste à demander de l’aide. On peut appeler Phobies-Zéro, dont je suis porte-parole. Il y a d’autres organismes qui peuvent nous aider. Et il faut faire face. Ça demande du courage, mais c’est possible.

Patrice, avez-vous des projets au programme?

Je jouerai dans «Le malade imaginaire» au Rideau Vert, en janvier 2020. Mon livre, «Guérir à gorge déployée», qui a été publié en 2014, sortira en version audio. Mon spectacle solo est écrit, nous allons travailler sur la mise en scène. Je souhaite aussi mener à terme un documentaire sur l’anxiété, en lien avec la marche que je viens de compléter.

Suivez Patrice Coquereau sur sa page Facebook où ses projets sont annoncés. On s’informe sur ses conférences à formax.qc.ca. Le livre «Guérir à gorge déployée» est en librairie.