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Un an après son saut dans le vide, Annie Brocoli se raconte

Jordan Dupuis | Agence QMI

Andréanne Gauthier

Annie Brocoli a décidé il y a un an de laisser son célèbre personnage pour faire un saut dans le vide. Cette décision audacieuse l’a amenée à faire une grande introspection et revoir ce qui l’allume et la passionne. Au détour de cette nouvelle vie, elle a aussi trouvé l’amour, qui dure depuis plus d’un an. C’est dans sa chaleureuse maison sur le flanc du mont Rougemont qu’elle nous a reçus.

C'est ton premier été sans le personnage d’Annie Brocoli. Pas de spectacle ni de festival. As-tu trouvé cela difficile?

Non, pas du tout! En fait, cela me fait penser à l’époque où j’allaitais mon garçon et où je me disais que j’allais capoter lorsqu’il quitterait la maison! Mais non, quand t’es rendu là, tout va de soi. Je n’ai pas capoté du tout. J’étais rendue à cette étape dans ma vie. Je n’aurais jamais pensé cela avant.

T’ennuies-tu de ton personnage?

Ça ne me manque pas de l’incarner, mais je m’ennuie de l’équipe, du trip de gang créatif. J’ai pris le temps de faire mon deuil, alors je le vis bien. Le personnage d’Annie Brocoli a muté en autre chose, mais il va toujours être là, car c’est lui qui m’a amenée où je suis en ce moment. Annie, c’est la fille qui aime jouer et je garde cela en moi.

Qu’est-ce que tu as découvert sur Annie Grenier depuis que tu as dit au revoir à Annie Brocoli?

Quand j’ai fait mon spectacle pour adultes au Zoofest le 25 juillet 2017, j’ai réalisé une foule de choses. Ç’a été la fin de ma thérapie, et c’est là que ma décision de quitter mon personnage s’est confirmée (elle a donné son dernier show dans la peau d’Annie Brocoli le 25 juillet 2018, en Ontario, NDLR). J’ai réalisé que je devais habiter toutes les parties de mon être, pas seulement la ludique, la «happy» et la gamine. Toutes ces années, j’avais beaucoup laissé la femme de côté, car Annie Brocoli prenait toute la place.

Que trouvais-tu de plus difficile là-dedans?

J’avais peur d’être jugée en laissant la femme que je suis s’épanouir. Travailler pour les enfants, ça vient avec une énorme pression. C’est un engagement, car la jeunesse, c’est important. J’étais très rigide avec moi-même. Je me mettais une grande pression et je vivais avec une dualité constante entre la gamine et la femme. Un personnage pour enfants n’est pas censé être une femme sexuée. Ce soir-là, au Zoofest, j’ai dit tout ce que j’avais sur le coeur depuis toutes ces années! Quel soulagement! J’ai aussi vu que je ne blessais personne à m’exprimer librement. J’ai compris que je devais être moi, avec toutes ces petites pièces de celle que je suis.

Ce saut dans le vide, comment l’as-tu vécu?

Ce qui est le plus dur dans cette sortie de zone, c’est le temps qui flotte où le futur n’est pas clair. J’allais dans toutes les directions! J’ai essayé de vendre le concept d’Annie Brocoli au Japon et aux États-Unis. J’ai réalisé que mon modèle d’affaires ne marchait plus et que je devais passer à autre chose et utiliser mon talent et ma créativité autrement.

As-tu peur que les gens t’oublient?

Non, car j’ai l’impression que je vais continuer à «puncher» ici et là. Lorsque je serai à la télé, ça sera des petits bonbons! Le projet de création et d’écriture du spectacle familial «Stardust» à la pyramide PY1 est arrivé naturellement et me comble de bonheur! Il rassemble tout ce que je suis. Je garde mon nom d’artiste et la mise en scène est signée Annie Brocoli. C’est mon nom et je l’aime. Il fait partie de moi.

Comment ta carrière d’artiste pour enfants a-t-elle teinté ton regard sur la vie?

(Elle réfléchit longuement.) Je pense que ce personnage m’a permis d’éclore et de réaliser que le monde n’est jamais assez ludique. Les adultes ne jouent pas assez! Il y a un grand bonheur à mettre de la légèreté, de la folie, de l’humour dans le quotidien. Avec Annie Brocoli, je me suis donné le droit de jouer comme une enfant en étant adulte, et cela va rester pour toujours même si mes enfants, Marie-Jeanne et Antoine (qui ont 23 et 24 ans, NDLR), sont rendus vieux! Annie m’a permis de garder mon regard d’enfant sur la vie. C’est précieux.

L’amitié revêt une grande importance dans ta vie. Parle-nous de celle que tu vis avec la comédienne Anick Lemay.

Avec Anick, c’est de la grande intimité. Quand je me suis fait opérer au dos pour ma hernie, elle était là pour m’aider. Quand elle combattait la maladie, j’étais là pour prendre soin d’elle, la laver et nettoyer sa maison. Cette intimité unique est très particulière et ressemble beaucoup à une relation de soeurs. En raison de cet absence de barrières, on se permet plus de se recadrer mutuellement, de se confronter et de se conseiller. Elle est merveilleuse!

Cela fait plus d’un an que tu as retrouvé l’amour. Comment vis-tu cela, à 48 ans?

J’ai eu quelques copains, mais presque pas. Finalement, j’ai été trois ans en couple sur 18 ans! Ce que je réalise, c’est que je n’étais pas si ouverte à l’amour. J’avais le goût oui, mais j’étais incapable d’être vulnérable, de me présenter entièrement dans tout ce que je suis. Ce que j’aime de ma relation actuelle, c’est qu’on est vulnérables l’un face à l’autre et qu’on s’élève mutuellement. On s’engage dans la relation. Je pensais à tort que l’engagement était étouffant et contraignant!

Tu as découvert autre chose...

Pour moi, ç’a été une période d’ajustements importante. Quelqu’un qui est démonstratif, qui veut aller plus loin et qui l’assume est déstabilisant. J’ai toujours pensé que les débuts de l’amour devaient être des feux d’artifice, mais ce n’est pas comme ça. On s’ajuste, on fait tomber les barrières au début et, ensuite, tout se place et le fun embarque. Notre amour est doux et organique. Je suis super bien!

Outre t’ouvrir à l’amour, tu as décidé aussi de t’ouvrir sur ta dyslexie. Comment a-t-elle nourri ta créativité?

Pour moi, les cadres et les limites n’existent pas. Cela s’applique dans toutes les sphères de ma vie. Mon cerveau est toujours sur «shuffle». Tu sais, en écrivant mon livre, j’ai décidé d’assumer ma différence. Ce n’est pas écrire, le problème, c’est de relire le tout. Cela me prend sept fois plus de temps que les autres, mais maintenant je ne suis plus en colère contre moi.

Que peut-on souhaiter pour le futur de la «nouvelle Annie»?

Je souhaite ouvrir mes horizons et offrir encore quelque chose de beau aux petits pour qu’ils tombent dans la potion magique du jeu et du plaisir! Je veux aussi voyager avec ma créativité! Sky is the limit!

Annie signe l’écriture et la mise en scène du show familial Immersif «Stardust», présenté dans la pyramide PY1, à Miami, cet automne, puis en tournée mondiale.