/news/world

«Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance!»

Agence France-Presse

Dans un discours furieux à l'ONU, la jeune Suédoise Greta Thunberg a réprimandé les dirigeants de la planète pour leur inaction contre le changement climatique, au début d'un sommet à New York.

«Je ne devrais pas être là, je devrais être à l'école, de l'autre côté de l'océan», a lancé Greta Thunberg, la voix tremblante, mais forte, lisant un texte depuis sa chaise. «Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses».

«Je fais pourtant partie de ceux qui ont de la chance. Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent, nous sommes au début d'une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c'est d'argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle? Comment osez-vous!»

 

Ce court discours est l'un des plus percutants que l'adolescente de 16 ans ait prononcés depuis son arrivée aux États-Unis fin août.

Elle a, comme auparavant, répété les faits scientifiques confirmant le réchauffement accéléré de la planète, puis s'en est pris aux chefs d'États et de gouvernements présents au même sommet, auquel le secrétaire général de l'ONU l'avait invitée.

«Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison», a dit Greta Thunberg. «Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis: nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça».

«Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. Merci», a-t-elle conclu, très applaudie dans la grande salle de l'Assemblée générale.

Les dirigeants peu réactifs

Ce discours n’a pas produit d'impulsion décisive pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre.

Certes, 66 États ont désormais souscrit au principe d'une neutralité carbone d'ici 2050, a annoncé l'ONU. Mais il s'agit surtout de petits pays, et ces engagements restent des déclarations de principe dans la majorité des cas, sans traduction dans les lois nationales.

En outre, ni le Brésil, qui contient une majorité de l'Amazonie, ni les États-Unis, deuxième émetteur mondial, n'ont participé, si ce n'est une brève apparition de Donald Trump, venu s'asseoir une dizaine de minutes, suscitant la perplexité. Pour toute explication, il a dit: «Je crois beaucoup à l'air pur et à l'eau pure et tous les pays devraient se mettre ensemble pour y parvenir».

Ni la Chine, ni l'Inde, deux pays qui dévorent du charbon, mais installent des capacités massives d'énergies renouvelables, n'ont pris de nouveaux engagements à la tribune.

«L'Inde et la Chine n'ont rien dit du tout», dit à l'AFP Laurence Tubiana, l'une des négociatrices de l'accord de Paris sur le climat. «Ils ont fait des déclarations très conservatrices. Je suppose qu'ils se réservent pour l'an prochain», avant la réunion de la COP 26 prévue fin 2020.

À noter toutefois que le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a renouvelé le soutien de Pékin au processus engagé par l'accord de 2015. «En tant que membre responsable de la communauté internationale, la Chine respecte ses promesses», a-t-il dit, allusion transparente au retrait de l'accord de Paris des États-Unis, décidé par Donald Trump en 2017.

Sans nommer Greta Thunberg, Emmanuel Macron s'est dit frappé par les discours des jeunes l'ayant précédé. «Aucun responsable ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations», a-t-il dit. «On a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses (...) et mettre plus de pression sur ceux qui ne veulent pas bouger».

Excédant le temps de parole prévu de trois minutes par leader, il a fait applaudir la Russie, qui a ratifié lundi l'accord de Paris, et répété que les dernières centrales au charbon françaises seraient fermées en 2022. Quant à l'Europe, il a appelé à ce que toutes les importations soient «zéro carbone et zéro déforestation».

Dans la même catégorie