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«Meurtriers sur mesure», une fascinante et nécessaire quête de vérité

Yan Lauzon | Agence QMI

Impossible de ne pas être happé par la nouveauté «Meurtriers sur mesure» dès les premières minutes. Encore moins de rester de marbre devant cette série documentaire originale du Club illico qui expose les failles de notre système de justice. Les deux premiers épisodes convainquent amplement de regarder les cinq autres.

Le 12 mars 1990, le corps de Sandra Gaudet, 14 ans, a été retrouvé à Val-d’Or. L’adolescente a été violée, étranglée et abandonnée en bordure de la route. Quelques semaines plus tard, deux jeunes hommes ont été reconnus coupables du meurtre. Le hic: il n’y avait aucune véritable preuve contre eux. Billy Taillefer et Hugues Duguay ont malgré tout passé 12 ans derrière les barreaux pour un crime qu’ils n’ont pas commis.

Une vision claire

C’est ce vrai récit que raconte «Meurtriers sur mesure», œuvre-choc et humaine de sept épisodes des réalisateurs-scénaristes Izabel Chevrier et Martin Paquette qui cherchent à répondre à une question toute simple, mais troublante, à partir du livre de Jean Claude Bernheim: comment une situation comme celle-là a-t-elle pu se produire au Québec?

Rapidement, on plonge avec étonnement, déni et révolte dans un univers où il est possible de contourner la loi pour parvenir à ses fins, où deux jeunes hommes ne peuvent empêcher le vol perpétré à leur endroit: celui qui les a privés de liberté pendant plus de 4000 jours.

Tout au long de sa quête de vérité, l’équipe de la série – qui n’a pas lésiné sur une trame sonore intense et une réalisation ultra léchée – a tenté à maintes reprises d’obtenir des réponses à des questions cruciales. Les témoignages authentiques des deux condamnés à tort, des parents de la victime et de la sœur d’un des deux accusés sont particulièrement émouvants.

Comme dans un mauvais film hollywoodien, on se dit que les développements exposés ne tiennent pas la route. Ils sont beaucoup trop nombreux et bien trop ahurissants pour qu’on croie au triste dénouement. Pourtant, ici, ce n’est pas de la fiction, mais bien la réalité. La force de frappe du documentaire n’en est donc que plus puissante.

Voiture rouge vs voiture brune

Seulement pendant les deux premiers épisodes, on nous sert, bien apprêtés et à toujours à propos, quantité d’éléments qui ont mené à cette grande erreur judiciaire qui a eu divers dommages collatéraux.

Jean Claude Bernheim, auteur du livre qui a d’abord raconté ces incohérences, l’avocat criminaliste Richard Dubé et plusieurs autres intervenants éclairants donnent une base immuable à cette grande quête.

Sans vouloir dévoiler trop de «rebondissements», il est facile de s’insurger contre le fait que la piste de la voiture rouge (un Tracker avec une plaque distinctive) et non celle de la voiture brune d’un fabricant américain a été privilégiée par les policiers affectés à ce dossier, ou en constatant la kyrielle d’initiatives prises sans mandat.

«Meurtriers sans mesure» est une série à dévorer en rafale. Tous les épisodes seront offerts ce jeudi sur Club illico.

Du même titre, le livre réédité est disponible en librairie.