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Trudeau n’ose plus faire la politique différemment

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

L’ex-première ministre Kim Campbell est-elle devenue le nouveau modèle de Justin Trudeau?

«Une élection n’est pas le moment de discuter des enjeux sérieux», avait-elle déclaré lors de la néfaste campagne qui a vu la quasi-éradication du Parti progressiste-conservateur en 1993.

Après la spectaculaire annonce du chef libéral de faire du Canada un pays carboneutre en 2050, la question se pose.

Comment y arriver?

C’était prévisible. Au lendemain de la grand-messe sur le climat à l’ONU, le chef libéral et ses lieutenants se sont joints à la parade. Le Canada, aussi, réussira à mettre en œuvre les mécanismes nécessaires afin que le bilan des émissions de gaz à effets de serre soit nul en 2050.

La promesse n’a rien de surprenant. Elle reflète le vaste consensus scientifique autour des efforts nécessaires pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences potentiellement catastrophiques.

Justin Trudeau a beau plaider que le Canada a réalisé les ¾ des efforts pour atteindre sa cible de 2030, les émissions de GES ont augmenté au pays entre 2016 et 2017.

Entendons-nous. Atteindre le Saint-Graal du zéro-émission est un monumental défi pour un pays en voie de rater ses cibles de Paris.

Comment y arriver? Une baisse d’impôt pour les entreprises de technologies propres? Si c’était si simple, on s’entend que le gouvernement l’aurait déjà fait.

Légiférer des cibles aux 5 ans et imposer des pénalités au gouvernement? Quelles cibles? Quelles pénalités? La ministre de l’Environnement répond qu’il faut commencer par élire les libéraux, on verra après. Justin Trudeau répond que les conservateurs n’ont jamais pris la peine d’être au rendez-vous de ce grand défi planétaire.

Le culte des épouvantails?

Morale de l’histoire, les libéraux nous demandent de leur faire confiance, de toute façon ils sont meilleurs que les conservateurs.

Justin Trudeau y croit. Stephen Harper n’a jamais pris l’enjeu au sérieux. Voilà la stratégie libérale dans toute sa splendeur.

Pourquoi prendre le temps d’expliquer les enjeux, vendre une approche aux électeurs quand on peut se contenter d’agiter des épouvantails?

Le pire dans tout ça, c’est que le gouvernement Trudeau a un bon bilan à défendre. Investissements massifs en transports en commun, en technologies propres, en infrastructures écologiques, fonds de recherche, prix sur la pollution.

Il faudrait qu’il se donne la peine d’expliquer que ça prend du temps avant que ces investissements massifs ne donnent des résultats. Les lignes de métro, les tramways ne se construisent pas du jour au lendemain. Les technologies de pointe doivent être développées.

Mais non. Justin Trudeau fait le pari que c’est plus facile d’attaquer son adversaire, le premier ministre de l’Ontario et celui qui n’a pas gouverné le pays depuis 4 ans.

C’est oublier qu’après 30 ans de promesses brisées sur le front des changements climatiques, les électeurs commencent à comprendre le jeu des politiciens. Ils seront des milliers dans les rues vendredi pour le leur rappeler.

Cette promesse d’un Canada carboneutre en 2050 est symptomatique du reste de la campagne.

Les libéraux semblent faire le pari, qu’en 2019, il est plus lucratif d’alimenter la peur et la division que d’inspirer et rassembler les électeurs.

C’est malheureux. En 2015, une vision claire, un programme minutieux et cohérent, un ton positif leur avaient ouvert les portes du pouvoir.

À moins bien sûr que sans l’audace de partir troisième, Justin Trudeau n’ose plus faire la politique différemment.