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«Face-à-Face»: Trudeau et Scheer sur la défensive

Christopher Nardi et Émilie Bergeron | Journal de Montréal

 Les deux meneurs de la campagne fédérale ont été la cible de presque toutes les attaques lors du premier débat des chefs en français, hier soir. Justin Trudeau a dû défendre son bilan pendant qu’Andrew Scheer a trébuché sur l’avortement et le climat.   

 «Normalement, M. Trudeau devrait être la seule cible principale, mais M. Scheer a partagé ce rôle avec lui hier soir», a analysé Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill, à la fin du Face-à-Face à TVA.   

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 Les hostilités ont été lancées dès la première question du modérateur Pierre Bruneau sur l’avortement.  

 Le libéral Justin Trudeau, le néo-démocrate Jagmeet Singh et le bloquiste Yves-François Blanchet ont exigé pendant de longues minutes que le conservateur Andrew Scheer donne son opinion personnelle sur le droit à l’avortement, ce qu’il a refusé de faire.   

 «Rien n’a changé sous un gouvernement conservateur et rien ne va changer sous un [prochain] gouvernement conservateur», s’est contenté de répondre M. Scheer.   

 Environnement   

 Les affrontements se sont poursuivis pendant deux heures sur le même ton au sujet de l’environnement et de l’économie.   

 M. Trudeau a dû défendre le choix de son gouvernement d’acheter un oléoduc dans l’Ouest canadien.   

 «Ça a été une décision difficile [d’acheter Trans Mountain]», a admis M. Trudeau tout en réitérant son argument habituel disant que les profits générés après l’expansion de cet oléoduc permettront de financer de nouvelles technologies vertes.  

 «M. Trudeau, vous avez deux avions [de campagne], un pour vous et un pour vos costumes et vos canots. Vous êtes un hypocrite», a rétorqué M. Scheer.   

 Ce dernier a dû défendre sa position propipeline et a refusé de dire qu’il n’imposerait pas un projet d’oléoduc au Québec.   

 La Loi sur la laïcité de l’État du Québec a aussi provoqué des flammèches dès le début du débat. Le chef du Bloc québécois a demandé que les autres partis s’engagent à respecter la volonté des Québécois, ce qu’ils ont tous refusé de faire.   

 M. Blanchet n’a d’ailleurs surpris personne en se rangeant derrière les positions du gouvernement de la Coalition avenir Québec, tout en répétant que le Québec était toujours perdant avec les autres partis.   

 Cela lui a d’ailleurs valu des critiques acerbes des trois autres chefs.   

 «C’est dégueulasse ce que vous faites. C’est toujours des chicanes, toujours de la division», a lancé M. Singh.   

 Celui-ci tentait d’ailleurs de faire vibrer la fibre nationaliste des Québécois tout au long de la soirée. Cela était particulièrement évident lors de la question sur les géants de l’internet.   

 Géants du web   

 M. Singh a critiqué le premier ministre sortant pour ne rien avoir fait « concrètement » afin de taxer les géants du web pendant ses quatre ans de premier mandat.   

 «Maintenant, vous dites : “On va peut-être le faire.” Comment les gens peuvent-ils vous croire?», a-t-il dit.   

 Les deux francophones du groupe, soit MM. Trudeau et Blanchet, étaient constamment en mode attaque, alors que M. Scheer avait parfois de la difficulté à finir ses phrases.   

 Pour sa part, M. Singh est devenu de plus en plus invisible au fur et à mesure que la soirée avançait. Lui et M. Scheer n’étaient visiblement pas complètement à l’aise en français.   

 «Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la maîtrise de la langue dans ce débat : c’est simplement plus difficile pour MM. Scheer et Singh de défendre leurs idées en français que pour messieurs Trudeau et Blanchet», a analysé l’expert Daniel Béland.   

 ♦ Justin Trudeau s’est engagé à réviser la loi sur l’aide médicale à mourir lors des six premiers mois d’un gouvernement libéral. Il ne porterait donc pas en appel la décision de la Cour supérieure du Québec d’élargir le cadre de la loi actuelle. 

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