/news/tele

La consécration de Maripier Morin

Bruno Lapointe | Journal de Montréal

Dominik Gravel / Agence QMI

Il y a 13 ans, Maripier Morin débarquait en trombe dans nos téléviseurs en participant à «Occupation double». Depuis, elle est devenue une des personnalités québécoises les plus en vue avec pas moins de trois nouveaux projets prenant l’antenne cet automne. Pas mal pour une fille qui a longtemps cru qu’elle étirait ses 15 minutes de gloire...

C’est une Maripier Morin particulièrement décontractée qui se présente au rendez-vous fixé avec «Le Journal de Montréal» le mois dernier. Ni le froid ni la pluie s’abattant sur la ville ne minent son enthousiasme et sa volubilité si caractéristiques lorsqu’elle prend place à l’intérieur du café branché de l’avenue Laurier où on l’attend.

«Let’s go!» lance-t-elle, tout sourire.

Son emploi du temps est chargé. Il faut dire que, depuis sa première apparition sur nos écrans, la femme de 33 ans bâtit son empire brique par brique en enfilant les titres à vitesse grand V: chroniqueuse, animatrice, mannequin, femme d’affaires, productrice, comédienne...

On en oublie?

«Non, je ne pense pas», réplique Maripier Morin, au terme d’une courte hésitation.

«Ah oui! Délinquante!» ajoute-t-elle dans un éclat de rire.

Dans la bouche d’une autre personne, cette remarque aurait pu n’être qu’un simple gag anodin. Mais quand on connaît le parcours de l’animatrice de Studio G, on comprend qu’il s’agit d’un réel clin d’œil à ses premières années dans le milieu.

Mauvaise réputation

Car non, Maripier Morin n’a pas pris l’ascenseur vers le sommet où elle trône vraisemblablement aujourd’hui. Au contraire. Ses premières années dans le métier, soit celles qui ont suivi l’aventure «Occupation Double», auront été pour le moins tumultueuses.

D’abord recrutée par TVA à titre de beauté pour l’émission «Le Banquier», elle a ensuite agi à titre de chroniqueuse pour différentes émissions telles que «Sucré salé» et «Salut, bonjour week-end». Mais tout n’était pas rose. Derrière les caméras, Maripier Morin s’est rapidement créé une «mauvaise réputation» qu’elle a mis du temps à mettre derrière elle une fois pour toutes.

«J’ai bousillé chacune des chances qu’on m’avait données. Je m’autosabotais, j’avais constamment l’impression d’étirer mes 15 minutes de gloire, croyant que je ne ferais jamais carrière dans ce domaine-là. Alors, je ne prenais pas ça au sérieux. Je travaillais dans les bars jusqu’à quatre heures du matin et j’arrivais sur les plateaux de tournage à neuf heures en sentant la robine», se souvient-elle.

«J’imagine que j’étais trop jeune et un peu rebelle face à cette notoriété instantanée que je désirais plus ou moins. J’ai fait assez de gaffes qu’on a finalement arrêté de me donner des chances parce que, honnêtement, je n’en méritais plus. Mais c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’avais un vrai désir et une passion pour ce métier-là. Alors je me suis retroussé les manches», poursuit-elle.

Repartir à zéro

Et c’est ce qu’elle a fait, d’abord en polissant son image publique. Exit les soirées à travailler dans les bars, elle les a troquées pour des cours de diction, de voix et même de jeu. Ce travail étant fait, le véritable défi l’attendait désormais : elle devait regagner la confiance non seulement de ses collègues, mais également du public.

«Je suis repartie à zéro. Je savais qu’il fallait que je monte les marches une par une, en prouvant que j’avais une rigueur, que je pouvais être efficace, bonne et dévouée. J’avais besoin de montrer que j’avais envie d’être là. Je devais bâtir ma crédibilité. Et je pense que j’y suis parvenue», confie-t-elle.

Par la suite, son ascension a été fulgurante. Quel est son secret ? La question la laisse incrédule.

«Il n’y a pas de secret. Il faut simplement faire les efforts nécessaires. Je ne suis pas spéciale: je travaille fort. C’est tout», explique-t-elle.

Sur tous les fronts

C’est le moins que l’on puisse dire, puisque l’automne de Maripier Morin s’annonce des plus chargés. En plus de piloter le nouveau Studio G de TVA, elle emmènera bientôt les téléspectateurs au cœur d’univers atypiques avec «Mais pourquoi?», attendu sur les ondes de Z à la fin du mois.

Finalement, à l’approche des Fêtes, elle tiendra la vedette de la toute nouvelle série «La Faille», sur Club illico, aux côtés d’Isabel Richer, Élise Guilbault et Marc Messier.

Trois projets en simultané, c’est beaucoup. Ça peut même être trop, surtout pour ceux qui la verront régulièrement sur leur écran. Maripier Morin en est bien consciente. Mais dans ce cas-ci, elle ne s’en inquiète guère.

«Ce sont trois projets très différents, qui s’adressent à des publics différents. Oui, "Studio G" est sur TVA, alors il est accessible à tous. Par contre, "Mais pourquoi?" est sur une chaîne spécialisée [Z], alors les gens doivent s’abonner pour l’écouter. "La Faille?" Ce sera sur Club illico, alors il faut commander la série pour la voir. Je n’impose ma présence à personne. Ceux qui veulent me suivre peuvent le faire. Mais les autres, personne ne les oblige. Surtout pas moi», précise-t-elle.

«Studio G» est diffusé le dimanche à 20h45, sur TVA

«Mais Pourquoi?», à compter du 30 octobre, sur les ondes de Z

«La Faille», à compter du 12 décembre sur Club illico

Courtisée par la France

Le charme de Maripier Morin n’a pas tardé à faire son effet sur les Français. Quelques mois à peine après la sortie de «La chute de l’empire américain» dans l’Hexagone, la Québécoise se fait déjà courtiser par les studios locaux.

«Je n’ai jamais rêvé d’une carrière en France, ni même d’une carrière au cinéma. Mais quand tu tournes avec Denys Arcand, c’est impossible de ne pas avoir la piqûre. Impossible», confie-t-elle.

Alors qu’elle a fait ses débuts au cinéma québécois dans le dernier film du célèbre cinéaste, elle est donc passée près de lancer sa carrière en France dans un long métrage tout aussi attendu : le prochain volet de la série «OSS 117», mettant en vedette Jean Dujardin, attendu en 2021.

«J’ai auditionné pour être une des Bond girls. Finalement, ça n’a pas fonctionné; ils ont changé l’âge du casting, alors ils ont engagé une actrice plus vieille que moi. Mais ce sont quand même les producteurs qui ont appelé mes agents en France pour me voir en audition après avoir vu "La chute de l’empire américain". C’est quand même pas mal, non?» souligne-t-elle.

Novembre à Paris

En effet. Et elle n’a pas l’intention de laisser passer ce momentum. Ainsi, elle s’envolera pour Paris le mois prochain afin d’y passer trois semaines en compagnie de son équipe d’agents français. Ensemble, ils évalueront les opportunités qui se présentent à elle.

«On a déjà rencontré des gens avec qui on a eu de belles discussions. Alors on verra ce qu’on peut développer. Mais je suis déjà très heureuse ici, alors si ça ne marche pas, ça ne marche pas. C’est tout», explique-t-elle.

«Je suis chanceuse. Ma carrière d’animatrice va très bien, alors je n’ai pas cette urgence de tourner à tout prix. Je ne vais embarquer dans un projet que s’il me tente vraiment, que le scénario m’allume et que le personnage me parle. Si c’est au Québec, tant mieux. Si c’est en France, c’est correct aussi. Il n’y a rien qui me fait peur», conclut-elle.