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Les jours du PDG de Lowe’s-RONA étaient comptés

Philippe Orfali et Pierre Couture | Journal de Montréal

Voilà déjà de nombreux mois que le temps de Sylvain Prud’homme était compté à la tête de RONA et de Lowe’s Canada quand il a annoncé sa retraite, vendredi.

«Après plus de 35 ans de carrière dans l’industrie du commerce de détail, incluant les six dernières années au sein de Lowe’s Canada, c’est avec des sentiments partagés que j’annonce avoir décidé de prendre ma retraite», a indiqué M. Prud’homme par communiqué.

C’est Tony Cioffi, vice-président, Finances, immobilier et marchands affiliés, qui devient président par intérim jusqu’à la nomination d’un nouveau PDG.

Après avoir radié il y a quelques mois près de 1 milliard $ US de la valeur de ses activités canadiennes, la haute direction de l’Américaine Lowe’s avait donné une dernière chance à M. Prud’homme. Président de Lowe’s Canada depuis 2013, il avait piloté avec succès en 2016 l’acquisition du fleuron québécois RONA, pour 2,3 milliards $ US.

On voit Sylvain Prud'homme avec le président international de Lowe’s, Richard D. Maltsbarger, au moment la vente de RONA, en 2016.

Sauf que depuis, la situation financière de l’entreprise n’a cessé de se détériorer.

Face à une situation financière qui ne s’améliore pas, le quincaillier de Mooresville en Caroline du Nord a finalement décidé de rompre ses liens avec celui qui a déjà dirigé l’ensemble des activités internationales de Lowe’s.

Selon nos informations, c’est lors d’une visite à Mooresville il y a quelques jours que le départ à la retraite de M. Prud’homme, à l’âge de 55 ans, a été décidé avec la haute direction de la compagnie. Plusieurs sources ont confié au Journal que le départ de M. Prud’homme était directement lié à la piètre performance des magasins canadiens.

«La haute direction de Lowe’s lui a offert une sortie honorable avec ce départ à la retraite. Il n’y a personne qui va être surpris de cette annonce», a indiqué au Journal un ex-collègue, sous le couvert de l’anonymat.

Impatience

Président de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux (AQMAT), Richard Darveau souligne pour sa part que le détaillant a eu à «s’ajuster à l’impatience d’actionnaires» face à des résultats sans cesse décevants. Déjà, Lowe’s a fermé l’an dernier toutes ses enseignes au Mexique, qui étaient déficitaires.

Selon ce dernier, le marché de la quincaillerie demeure pourtant très compétitif au Québec avec des ventes annuelles de 7 milliards $.

Depuis un an, Lowe’s dit avoir posé des «gestes importants» au Canada en vue d’améliorer sa performance. Lowe’s Canada a notamment fermé l’an dernier 27 magasins et son bureau régional de Mississauga, en Ontario, tout en consolidant ses activités à son siège social canadien de Boucherville.

Cela devrait se poursuivre. Selon plusieurs, la direction américaine du quincaillier pourrait annoncer d’ici la fin de l’année la fermeture de certains magasins corporatifs. D’autres évoquent même un changement de bannière de RONA à Lowe’s.

Pas de surprise à Boucherville

Hier avant-midi, au siège social de l’entreprise de Boucherville, les employés interrogés par Le Journal ne semblaient pas surpris par le départ de leur grand patron. «Ça ne dérange pas le monde tant que ça. Je ne me rappelle même pas l’avoir déjà vu», a déclaré le préparateur de commandes Kristofer Lachaîne.

À deux pas de lui, le préposé à la réception des marchandises Gilles Lafortune, en poste depuis 42 ans, ne pouvait pas dire si le mouvement à la direction était bon ou mauvais signe. «Un président ne s’en va pas comme ça du jour au lendemain», a-t-il lancé.

M. Lafortune n’a pas caché son pincement au cœur. «En tant que Québécois, quand nos entreprises sont vendues, c’est sûr que c’est fatigant», a conclu celui qui prendra sa retraite peu avant Noël.

Ce qu’il reste de RONA

- Acheté par Lowe’s pour 2,3 milliards $ US en 2016.

- Lowe’s Canada vaudrait aujourd’hui 950 millions $ US de moins qu’à l’époque.

- 400 magasins au Canada, dont 200 au Québec.

- Du lot, plus de la moitié sont des affiliés.

- En 2016, RONA comptait 500 magasins au Québec et ailleurs au pays et Lowe’s une quarantaine.

avec la collaboration de Francis Halin

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