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Agressés sexuellement, ils poursuivent l’État qui a ignoré leurs plaintes

Michael Nguyen | Journal de Montréal

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Paul - stock.adobe.com

Trois adolescents qui ont été agressés sexuellement dans les années 90 par un prédateur réclament 2,25 millions $ à l’État, qui a ignoré leurs plaintes pendant plus de 15 ans et ainsi permis au violeur de faire d’autres victimes.

«En n’autorisant pas les plaintes recommandées par les policiers, d’autres victimes ont été agressées par André Pépin ; la conduite [de la Couronne à l’époque] relève de la négligence criminelle, parce qu’elle a omis de poursuivre un délinquant alors que la loi l’obligeait à le faire», déplorent trois victimes du prédateur sexuel.

Les trois hommes, dont l’identité est maintenant protégée par la cour, ont tous été victimes de Pépin, un résident de Sorel-Tracy âgé de 63 ans, entre 1993 et 1995.

Multirécidiviste

À l’époque, le prédateur qui avait déjà fait de la prison utilisait pratiquement toujours le même modus operandi.

Il ciblait des jeunes, souvent des auto­stoppeurs, et leur offrait drogue et alcool. Il s’arrangeait pour les amener chez lui, les droguait à leur insu et les violait.

«[Une des victimes] n’a repris totalement connaissance que trois jours plus tard», peut-on lire dans la poursuite pilotée par les avocats Justin Wee, Virginie Dufresne-Lemire et Alain Arsenault.

Les trois victimes avaient porté plainte à la police, mais la Couronne avait refusé de porter des accusations. Cette décision leur paraît incompréhensible, d’autant plus que Pépin avait déjà été condamné pour des crimes similaires, avec la même façon de procéder.

Ce n’est qu’en 2013 que les dossiers ont été réactivés, avec cette fois huit victimes, dont les trois demandeurs. Au terme de son procès, Pépin a été déclaré coupable de 25 des 39 chefs d’accusation.

Il a écopé de 13 ans et demi de pénitencier.

Graves conséquences

Les trois adolescents maintenant adultes ne décolèrent pas. En ignorant leur plainte tout ce temps, la Couronne a failli à son devoir de protéger le public, disent-ils.

«[La Couronne de l’époque] s’est ainsi compromise par son mépris flagrant des droits des victimes», dénoncent les trois victimes, qui affirment toutes avoir été traumatisées tant par les agressions que par la longue inaction de la poursuite.

Certaines se sont senties abandonnées par le système de justice, d’autres ont tenté de se suicider ou encore ont été incapables d’avoir des relations intimes par la suite.

C’est pour cela qu’elles réclament chacune 750 000 $ à l’État, pour un total de 2,25 millions $.