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Une ferme qui produit du bœuf plus écolo

Marie-Ève Dumont | Le Journal de Montréal

Megan Patch croit qu’il est possible de produire du bœuf respectueux de l’environnement et du bien-être animal.

photo Marie-Ève Dumont

Megan Patch croit qu’il est possible de produire du bœuf respectueux de l’environnement et du bien-être animal.

Une ferme de la Montérégie espère transformer l’élevage de bœufs au Québec en produisant une viande plus écologique dont les émissions polluantes sont réduites au minimum.

La viande de bœuf est montrée du doigt dans de nombreuses études comme étant l’un des aliments les plus dommageables pour l’environnement.

Megan Patch, de la Ferme Patch à Knowlton, travaille à redonner ses lettres de noblesse aux bœufs en utilisant des techniques réduisant au minimum l’empreinte écologique de sa production.

«L’idée est d’imiter la nature. Les pratiques qu’on utilise permettent aux animaux d’exprimer leur comportement naturel. Ils ont donc une vie saine, mais ils contribuent aussi à la santé des terres et à la biodiversité [présence de plantes, micro-organismes et animaux variés]», explique celle qui est la sixième génération sur la terre familiale.

Sur sa ferme, dont elle a repris les rênes en 2013 après le décès de son père, les bœufs sont nourris à l’herbe tout au long de leur vie dans des pâturages.

Aucun grain n’est inclus dans leur alimentation, comme c’est le cas dans l’élevage conventionnel. L’hiver, ils sont aussi à l’extérieur et sont nourris au foin qui pousse presque entièrement sur la ferme.

Un bœuf carboneutre

L’endroit où les bêtes vont brouter est défini et change jusqu’à trois fois par jour. C’est ce qu’on appelle du pâturage en rotation.

Cette technique permet aux plantes de se renouveler plus rapidement et d’absorber le carbone émis par les animaux.

L’objectif est d’avoir un bœuf carboneutre, voire carbonégatif, c’est-à-dire de réduire au minimum les émissions de gaz à effet de serre et de compenser celles qui sont produites, et même d’en éliminer d’autres.

Megan Patch tente aussi de réduire l’impact de son bœuf à la sortie de la ferme en faisant affaire avec un abattoir près de chez elle.

Elle vend également directement aux consommateurs ainsi qu’aux restaurateurs.

D’ailleurs, son bœuf est la vedette du burger du restaurant Poincaré Chinatown à Montréal.

Étude en Abitibi

Megan Patch perfectionne chaque jour ses techniques pour arriver à faire le bœuf le plus durable possible.

D’ailleurs, un couple d’agronomes et d’éleveurs de bœufs de l’Abitibi pourraient aider Mme Patch dans ses objectifs puisqu’ils préparent un projet de recherche afin de déterminer les conditions gagnantes pour arriver à produire un bœuf carboneutre.

«À partir du moment où il y a des plantes pérennes dans ton système, que tu permets aux animaux d’aller au pâturage, c’est une bonne pratique de gestion des terres. À savoir si uniquement de cette façon tu peux compenser toutes tes émissions, on ne peut pas répondre, c’est ce qu’on cherche à valider», précise Vincent Poirier, chercheur et spécialiste en séquestration du carbone dans le sol, qui supervisera l’étude du couple.

Les deux éleveurs croient qu’en plus de bouger le troupeau sur différentes parcelles de terre, des arbres doivent être plantés sur le terrain pour aider à absorber encore plus de CO2. Leur étude vise entre autres à calculer la quantité de carbone absorbé et à vérifier quels types d’arbres doivent être plantés pour arriver au meilleur résultat.

« Notre but est de trouver des solutions pour faire quelque chose de concret contre les changements climatiques. Ce serait bien de pouvoir l’étendre au plus grand nombre de fermes possible », espère Frédérique Vallée, co-instigatrice du projet, qui souhaite d’ailleurs faire son mémoire de maîtrise sur le sujet.

♦ Les éleveurs du Montana, aux États-Unis, peuvent recevoir depuis cet été une subvention qui les aide à adopter le pâturage de rotation et permet le stockage de carbone.

Du bœuf polluant

Pour produire 1 kg de bœuf en élevage conventionnel:

15 000 litres d’eau sont nécessaires

7 kg de grains pour les nourrir

32,5 kg de CO2 sont générés

Sources : Options for keeping the food system within environmental limits, publiée dans la revue Nature en 2018, FAO et Water Footprint Network.

Techniques utilisées par la Ferme Patch

- Les bœufs broutent dans les pâturages dans un espace réduit

- Ils changent de place jusqu’à trois fois toutes les 24 heures

- Les animaux mangent seulement le premier tiers de la plante (partie la plus nutritive et qui permet à celle-ci de mieux se régénérer)

- Leur fumier et leur urine restent sur la terre et l’enrichissent

- Pas d’engrais chimique, pas de pesticides

- Peu ou pas de produits qui viennent de l’extérieur de la ferme pour enrichir la terre

- Eau de plui​e ou d’une rivière à proximité

- Peu de machinerie

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