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Échanges musclés sur l’environnement et la loi 21 lors du débat en anglais

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le premier ministre sortant Justin Trudeau a été attaqué de toute part sur le front de l’environnement lors du débat en anglais, lundi, en plus d'essuyer une rafale de tentatives du chef conservateur de ranimer des controverses comme l’affaire SNC-Lavalin et le recours au «blackface».

«M. Trudeau, quand avez-vous décidé que les règles ne s’appliquent pas à vous?», a lancé Andrew Scheer en rappelant que le chef libéral a contrevenu à deux reprises à la Loi sur les conflits d’intérêts et l’éthique et qu’il a montré la porte à deux ex-ministres qui disaient se tenir debout pour la vérité.

M. Trudeau a rétorqué que le rôle d’un premier ministre est de défendre les emplois et l’économie, soulignant au passage le fait que son principal adversaire dans la course électorale n’a pas encore dévoilé sa plateforme électorale entière, avec la totalité de ses promesses chiffrées.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a profité de cet échange pour sauter dans la mêlée de ce débat à six, se présentant comme le véritable leader à la défense des plus vulnérables.

«Vous débattez sur qui entre vous est le pire pour le Canada. Je suis ici pour parler de ce qui sera mieux pour le Canada», a-t-il envoyé dans un mélange de rire et de soupir d’exaspération.

 

L'environnement au cœur du débat

La chef des verts Élizabeth May a évidemment attaqué M. Trudeau sur son bilan environnemental et s’est présentée comme la seule personne apportant des propositions concrètes qui sont à la hauteur de l’urgence climatique.

«La cible des libéraux que M. Trudeau dit qu’ils vont atteindre d’ici 2030 est un objectif pour perdre la lutte aux changements climatiques», a-t-elle dit.

M. Trudeau a écarté du revers de la main la série d’attaques en répétant que M. Scheer, qui est au coude-à-coude avec lui dans les sondages, veut déchirer la tarification fédérale sur le carbone et n’a donc aucune crédibilité sur le plan de l’environnement.

L’ex-conservateur et chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, s’est pour sa part présenté comme un «réel défenseur de l’environnement» puisqu’il est le seul à avoir des cibles réalistes.

«Ils (les autres chefs) sont hypocrites», a-t-il lancé.

Bernier pris pour cible

Le député sortant de la Beauce a été visé par la plupart des attaques en début de débat. Dès les premières minutes, M. Bernier a exposé ses positions tranchantes par rapport aux autres leaders.

«Nous sommes le Parti populaire et nous mettons le Canada au premier plan. Les autres leaders sur cette scène sont des globalistes et ils dépensent votre argent pour acheter un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies», a-t-il soutenu.

Celui qui est connu pour ses envolées virulentes a ensuite été attaqué de toute part. M. Singh l’a accusé de véhiculer des propos qui prouvent qu’il n’aurait pas dû avoir sa place durant ce débat.

«M. Singh, [...] vous dites que vous êtes pour la diversité, mais qu’en est-il de la diversité d’opinion», a répliqué M. Bernier.

Le chef du PPC a défendu son idée d’abaisser les seuils d’immigration et de privilégier les immigrants économiques, arguant que 49% de la population canadienne croit qu’il faut limiter le nombre de nouveaux arrivants.

M. Trudeau s’en est aussi pris à M. Bernier, le comparant à des politiciens de droite comme Donald Trump, sans le nommer directement.

«Malheureusement M. Bernier joue ce rôle d’essayer de rendre les gens plus craintifs vis-à-vis des mouvements de population dans le monde et de les effrayer quant aux opportunités autour de la mondialisation», a-t-il lancé.

Pourtant, Andrew Scheer a multiplié les efforts, toute la soirée, pour diriger les projecteurs sur le premier ministre sortant.

«Justin Trudeau ne fait que prétendre se tenir debout pour le Canada. Il est très bon pour prétendre des choses. Il ne peut même pas se souvenir combien de fois il a arboré le "blackface"», a-t-il dit en allusion à une récente controverse qui a surtout créé l’émoi au Canada anglais.

Contester ou pas?

La possibilité que le fédéral intervienne dans une contestation de la loi québécoise sur la laïcité a aussi été la source d’échanges musclés. M. Trudeau s’est présenté comme le seul chef à être véritablement clair sur ses intentions à ce chapitre, confrontant M. Singh.

«Vous avez parlé de façon très éloquente de la discrimination et vous l’avez affrontée dans votre vie, a-t-il noté. Voilà pourquoi il est si étonnant de vous entendre dire, comme tous les autres leaders sur cette scène, qu’un gouvernement fédéral sous votre gouverne n’interviendrait pas.»

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a sauté sur l’occasion pour inviter les chefs à ne pas s’immiscer dans ce débat québécois.

« Avec 70% de la population du Québec qui appuie la loi 21 et 70% de l’Assemblée nationale, c’est un enjeu qui est difficilement polarisant. [...] Le Québec n’a pas besoin de se faire dire quoi faire ou ne pas faire par rapport à ses valeurs», a-t-il martelé.