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Il n’y a que «des miettes» pour rénover les cours d’école

Daphnée Dion-Viens - Le Journal de Montréal

Chantal Poirier

Alors que des dizaines de cours d’école du Québec sont mal en point, le ministère de l’Éducation n’accorde que des « miettes » pour financer leur réaménagement, déplorent plusieurs intervenants.

Dans son édition de samedi, Le Journal révélait que le tiers des cours d’écoles primaires de cinq grandes villes du Québec n’atteignent pas la note de passage, lorsqu’on mesure la qualité de leurs installations.

Pour améliorer leur sort, les écoles peuvent tenter d’obtenir une subvention du ministère de l’Éducation, mais celle-ni ne peut dépasser 25 000 $, et ce, à condition que la communauté et la commission scolaire contribuent aussi au projet de rénovation.

Cette année, 140 projets ont ainsi été financés, pour un total de 3 M$.

« Des montants ridicules »

Or, cette somme est souvent loin d’être suffisante, estiment plusieurs observateurs.

« Avec 25 000 $, c’est extrêmement limité ce que tu peux faire. Ce sont des montants qui sont ridicules », affirme Marc-André Carignan, auteur du livre Les écoles qu’il nous faut.

Les projets majeurs d’embellissement peuvent facilement coûter plusieurs centaines de milliers de dollars, selon des architectes paysagistes contactés par Le Journal.

« Avec un budget de 100 000 $, on ne fait pas grand-chose », lance Josée Labelle, qui a réalisé plusieurs réfections de cours d’école à Montréal.

À titre d’exemple, cette somme a été dépensée uniquement pour enlever une bande d’asphalte et planter une vingtaine d’arbres autour de la cour de l’école St-Bernardin à Montréal, située à côté de l’autoroute 40, il y a une dizaine d’années, indique Mme Labelle.

En mai, lors d’un point de presse sur le sujet, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a toutefois promis plus d’argent pour rénover les cours d’école dans le prochain budget.

Mais il y a de l’espoir...

Même si le financement consacré spécifiquement à l’aménagement des cours de récréation n’a pas augmenté récemment, celui réservé à la rénovation des bâtiments scolaires a toutefois plus que doublé sous le gouvernement Legault.

Les commissions scolaires peuvent consacrer une partie de ce budget pour rénover leurs cours d’école.

« Ça devient des choix difficiles, car on a énormément de travaux d’entretien à faire dans les bâtiments », fait valoir Catherine Harel-Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, le directeur général adjoint, Marc-André Petit, se réjouit toutefois qu’il y ait maintenant « beaucoup plus d’argent qu’avant » pour faire ce type de travaux.

Dans cette commission scolaire, 1,5 M$ sera consacré à la rénovation de dix cours d’école d’ici un an.

Le coût moyen des projets est évalué à 150 000 $, une somme qui comprend le réaménagement en surface, mais qui exclut des travaux majeurs comme le remplacement de l’asphalte.

À deux vitesses

En plus d’être peu généreux, l’actuel programme de financement des réfections de cours d’école est inéquitable pour les établissements situés en milieu défavorisé, affirme le professeur Sylvain Turcotte, de la Faculté des sciences de l’éducation physique à l’Université de Sherbrooke.

À l’heure actuelle, Québec accorde une subvention à condition que 60 % du projet total soit financé par la communauté. Or il est « hyper difficile » d’aller chercher l’implication des parents en milieu défavorisé, souligne M. Turcotte.

« On est clairement dans un système à deux vitesses, il faut en être conscient », lance-t-il.

 

 

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