/regional/quebec/quebec

«On doit tous ralentir», lance Labeaume

Stéphanie Martin | Journal de Québec

La vitesse dans les rues résidentielles passera à 30 ou 40 km/h sur tout le territoire de la Ville de Québec, et le maire Labeaume espère convaincre la population, incluant lui-même, de lever le pied en voiture.

«On doit tous ralentir», a-t-il martelé, lors de la présentation de la nouvelle politique de sécurité routière, lundi. «Et je m’inclus là-dedans.»

La réduction aura un impact minime de 48 secondes sur le temps de trajet des automobilistes, dit la Ville. «Est-ce que ces secondes sont vraiment incontournables et importantes pour qu’on prenne le risque de multiplier par six le risque de provoquer une mort chez nos voisins?» a questionné le maire.

Moins de collisions

La nouvelle politique vise deux objectifs : réduire de moitié le nombre de collisions mortelles ou graves sur le territoire et assurer qu’il n’y aura aucune collision mortelle en zone scolaire.

Le maire a répété qu’il croit toujours que réduire la vitesse uniquement «ne sert à rien». Mais pour lui, le lancement d’une grande campagne de sensibilisation contribuera à changer les mentalités. S’il convient que la publicité seule ne peut changer les comportements, il mise sur la conscientisation et le travail de voisinage des conseils de quartier et des conseils d’établissement. Ceux-ci recevront une aide financière de la Ville pour mener des opérations de sensibilisation sur le terrain.

La politique prévoit en tout des investissements de 60 millions $ sur cinq ans, à la fois pour des immobilisations et pour des actions de communication. Elle vise les automobilistes, mais aussi «les cyclistes dangereux et les piétons téméraires», a souligné M. Labeaume.

La vitesse sera réduite à 40 km/h sur les rues principales dans les quartiers résidentiels et à 30 km/h dans les petites rues. L’opposition a souvent martelé qu’il fallait faire passer cette limite à 40 km/h.

Le directeur des Transports, Marc Des Rivières, convient qu’on s’attaque à un «enjeu de perception» et que la très grande majorité des accidents ont lieu sur les grandes artères. «La rue est devenue un milieu de vie. Beaucoup d’enfants jouent dans la rue. Changer la vitesse, dans le contexte où chaque fois qu’il y a une collision qui implique un piéton le risque de décès augmente plus la vitesse est élevée, ça justifie de réduire la vitesse dans les quartiers résidentiels.»   

La nouvelle politique prévoit l’ajout de 35 afficheurs de vitesse mobiles dans les quartiers et de 10 radars photo mobiles. Elle consentira 3000 $ par conseil de quartier par an pour des actions qui permettront d’augmenter la sécurité routière.

Piétons

Le Journal révélait en mai que le Service de police de la Ville de Québec distribue rarement des contraventions aux automobilistes qui ne respectent pas la priorité aux piétons sur les passages qui leur sont réservés. Dans sa politique, la Ville annonce qu’elle améliorera la signalisation et le marquage de ces passages. Elle a l’intention «d’intensifier les campagnes de sensibilisation et de contrôle afin que les citoyens adoptent ce changement de culture».

André Turcotte, inspecteur commandant au Service de police, a indiqué qu’avec les différentes mesures de sensibilisation qu’on mettra en place, on augmentera aussi le nombre de contraventions.

«Ceux qui s’illusionnent et pensent que la répression peut tout régler, c’est impossible», a statué le maire Labeaume. «On ne peut pas voir un policier à tous les coins de rue.»

Les traverses lumineuses clignotantes comme celles installées sur l’avenue De Salaberry seront déployées ailleurs également.

Dans les zones qui présentent le plus de risques d’accident, principalement le long des grandes artères, la Ville interviendra à 140 endroits, dont 60 sont situés sur le parcours du futur tramway/trambus.

De plus, 18 policiers seront affectés à temps plein à la sécurité routière sur l’ensemble du réseau.

Efforts dans les zones scolaires

La Ville reverra entièrement les parcours empruntés par les élèves autour des 115 écoles de son territoire. On accentuera les efforts pour maximiser leur sécurité. Ainsi, on va réviser et corriger 23 trajets scolaires par année, c’est-à-dire aménager un trajet de marche signalé et marqué «pour les diriger de la maison vers l’école en toute sécurité».

Pour les automobilistes qui ne sont pas assidus sur la lecture des panneaux de limite de vitesse en zone scolaire, la Ville installera des panneaux lumineux affichant 30 km/h durant les périodes scolaires pour leur rappeler la réglementation. Toutes les écoles de la ville en seront enfin dotées.

Et attention aux parents et conducteurs contrevenants qui ont l’habitude d’ignorer les feux clignotants des autobus scolaires : la Ville étudie la possibilité d’utiliser les images captées par les caméras qui seraient installées en projet-pilote dans un ou deux véhicules jaunes pour pincer les contrevenants et leur envoyer des avertissements, et non des constats d’infraction. Certains brigadiers scolaires seront aussi équipés de caméras corporelles pour détecter les comportements délinquants.

Bon accueil

La politique a été bien accueillie. Le directeur général d’Accès transports viables, Étienne Grandmont, a salué la vision qui est selon lui meilleure que celles qui avaient été présentées auparavant. «Cette stratégie va plus loin. Elle est inspirée de la vision zéro. On comprend que la responsabilité routière, c’est pas juste le respect du Code de la sécurité routière. (...) On comprend que l’environnement est important. C’est la responsabilité de la Ville de Québec. On a une politique qui est plus complète, intéressante, ambitieuse et qui risque de donner plus de résultats que ce qu’on a eu par le passé.»

Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, croit que ce sont de «bonnes nouvelles». «On va évaluer les endroits les plus accidentogènes pour consacrer plus d’efforts. Ça, c’est positif. On implique les conseils de quartier et d’établissement. C’est très positif.»

En chiffres

- 2500 km de voies sur le réseau routier de la ville     

- 70 à 75 % des rues verront leur vitesse modifiée    

Budget sur 5 ans  

Immobilisations   

- 115 zones scolaires : 11,5 M$     

- Zones accidentogènes : 16 M$     

- Nouveaux trottoirs : 25 M$     

- Divers : 3,3 M$          

Soutien   

- Publicité et communication : 1,9 M$     

- Conseils de quartier : 405 000 $     

- Écoles : 1,7 M$     

- Autres : 150 000 $          

Objectif de la politique d’ici 2024    

- Aucune collision mortelle ou grave le long des écoles     

- Diminution de 50 % des collisions mortelles ou graves sur le territoire          

Nombre de collisions sur le réseau de la Ville   

- 7033 en moyenne par an entre 2012 et 2016