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Peine exemplaire de 8 ans contre un proxénète montréalais

Michael Nguyen | Journal de Montréal

JOEL LEMAY/ 24 HEURES/ AGENCE QM

Un violent proxénète montréalais qui a fait vivre un total de huit ans d’enfer à ses deux victimes, allant même jusqu’à tatouer son surnom sur l’une d’elles, passera un temps équivalent derrière les barreaux, a tranché un juge ce lundi.

«Pour l’une des victimes, la violence était omniprésente : elle était constamment battue, elle a été brûlée avec des cigarettes, elle s’est fait pointer un pistolet sur la tête... », a énuméré le juge André Perreault en condamnant Josué Jean au palais de justice de Montréal.

Impassible dans le box des accusés, l’individu de 42 ans n’a pas bronché quand il s’est fait rappeler l’ampleur de la violence physique et psychologique qu’il a fait vivre à ses deux victimes.

«Il a profité de leur vulnérabilité, il les a manipulées», n’a pas hésité à dire le magistrat en rappelant qu’en les forçant à se prostituer en tout temps, Jean, qui gardait tous les revenus, engrangeait des milliers de dollars par semaine.

Victimes

La première, dont l’identité est protégée par la cour, a subi les foudres de Jean de 2002 à 2006. La jeune femme, qui n’avait que 18 ans au début de la relation, s’était fait dire par Jean que si elle dansait nue, le «couple» pourrait acheter de l’immobilier.

«Sa vie a été bouleversée, elle se sent sale, elle vit de la honte, de la tristesse et de la colère, même si c’est une combattante», a noté le juge.

Quant à la deuxième victime, elle est tombée dans les griffes du proxénète dans la jeune vingtaine juste après que Jean n’exerce plus de contrôle sur la première. Son calvaire a duré jusqu’en 2009.

«Elle est démolie intérieurement, elle vit dans la peur des menaces [du proxénète], elle se rappelle encore de la senteur des crachats [de Jean] sur son visage, le contrôle était quasi-total», a rappelé le magistrat.

Mais même si la sentence ne pourra pas leur rendre ces années sous le joug du proxénète, le juge leur a rappelé qu’elles avaient «mérité d’au moins pouvoir tourner la page».

«Les gens ont besoin d’intervenantes comme vous», a-t-il lancé à la première victime, qui est depuis devenue intervenante sociale.

Quant à la deuxième victime, le juge lui a rappelé qu’elle était en droit de refaire sa vie.

«Vous pouvez être assez forte pour réaliser que le meilleur est à venir», a affirmé le magistrat en condamnant Jean à 8 ans de pénitencier.

Stéréotypes

Le juge a d’ailleurs rappelé qu’il était temps que la société mette fin aux mythes et stéréotypes concernant les victimes de proxénètes qui, parfois, étaient déjà travailleuses du sexe. Citant la Cour suprême du Canada, il a expliqué qu’il s’agissait là d’un «défi urgent».

«[Ces personnes] méritent d’être considérées comme des victimes [...] et non des prostituées», a-t-il lancé.

Le procureur de la Couronne Bruno Ménard a quant à lui rappelé que les stéréotypes, dont celui sur le passé sexuel des victimes, étaient encore présents dans la société, et qu’il fallait le combattre.