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Une même pièce d'équipement fait deux morts sur des fermes en 3 jours

Alex Drouin | Journal de Montréal

COLLABORATION SPÉCIALE/ALEX DROUIN/JOURNAL DE MONTRÉAL

Pour la deuxième fois en trois jours, une personne travaillant dans une ferme du Québec est décédée à cause de la même pièce d’équipement attachée à un tracteur.

«Un mort est déjà un mort de trop», a soutenu le représentant en prévention de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de l’Estrie, Serge Lapointe.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a confirmé au Journal que la même pièce d’équipement était impliquée dans les deux accidents mortels.

Dimanche après-midi à Val-Joli, en Estrie, Rick Lessard-Carrier, 19 ans, est décédé sur la Ferme l’Espoir après que son corps eut été enroulé dans l’arbre de transmission – aussi appelé PTO – qui reliait le tracteur au chargement arrière.

Son décès a été constaté sur place.

L’arbre de transmission est une pièce mécanique qui a la forme d’un tuyau et qui transmet de la puissance d’un véhicule à la charge qu’il transporte à l’arrière en effectuant un mouvement de rotation sur lui-même.

Une employée du ministère

Vendredi dernier, sur une ferme de Shawinigan, en Maurice, Sandra Jacob Godin, 35 ans, a perdu la vie après que son foulard se fut enroulé dans cette même pièce d’équipement.

L’employée du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec participait à un tournage et se tenait sur une plateforme derrière le tracteur.

«C’est un morceau qui a l’habitude d’être vendu avec un plastique protecteur, mais ce n’est pas rare qu’il se brise ou qu’il s’enlève», a souligné Benoit Laperle, le chef du département de Service agricole de l’Estrie, un fournisseur d’équipements agricoles.

«J’ai déjà entendu parler de bras qui ont été arrachés à cause de cette pièce, mais jamais de personnes qui seraient mortes à cause de ça», a-t-il ajouté.

Il n’a cependant pas été possible de savoir si ce morceau de plastique était existant ou non lors des deux drames.

La CNESST a ouvert une enquête sur ces deux dossiers.

«On va devoir s’informer sur les méthodes de travail qui sont utilisées sur cette ferme», a indiqué la porte-parole de la CNESST Julie Fournier à propos du décès de Rick Lessard-Carrier, dont le beau-père était le propriétaire de l’entreprise agricole.

Toujours du danger

Mme Fournier a informé Le Journal que la CNESST «n’était jamais intervenue chez cet employeur auparavant».

La porte-parole a tenu à préciser qu’il était encore trop tôt pour savoir ce qui s’est réellement passé et qu’il fallait attendre le rapport du coroner pour avoir plus d’informations sur le décès du jeune homme.

«Il faut toujours être prudent lorsqu’on travaille sur une ferme, et c’est important de prendre une minute de plus pour voir ce que l’on fait», a expliqué Serge Lapointe.

«Une minute de plus peut parfois sauver des vies», a conclu le représentant en prévention de l’UPA de l’Estrie.

Vingt agriculteurs sont décédés au Québec entre 2013 et 2018 dans le cadre de leur travail.