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Un ancien prof de conduite a agressé 10 adolescentes

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

MARTIN ALARIE/JOURNAL DE MONTRÉAL

Un ex-instructeur de conduite de 73 ans ayant sévi pendant 30 ans a avoué lundi avoir agressé sexuellement une dizaine d’adolescentes à qui il a enseigné, dont une mère et sa fille à une vingtaine d’années d’intervalle.

Yvon Boulet ne s’est pas contenté d’apprendre à conduire à une dizaine d’adolescentes qui ont croisé sa route, entre 1987 et 2017.

Il touchait aussi les cuisses des apprenties conductrices de 16 à 18 ans pendant qu’il leur montrait certaines manœuvres.

Le septuagénaire leur parlait également fréquemment de sexe dans la voiture.

Deux d’entre elles ont eu le malheur de se trouver seules avec lui dans les écoles qu’il a possédées à Laval et Saint-Eustache.

La première a été forcée d’avoir une relation sexuelle avec lui. La seconde a subi des attouchements aux parties génitales et à la poitrine et a été incitée à toucher son prof.

Déjà traumatisée par ce qu’elle venait de vivre, cette deuxième adolescente a également été menacée de mort par Boulet.

«Il m’a dit: "Si tu parles de ça à quelqu’un, j’te tue"», a décrit au tribunal lundi celle qui est maintenant mère de famille.

Elle a donc gardé le silence, pendant plus de deux décennies, jusqu’à ce que sa propre fille soit victime du même agresseur.

Grande malchance

«Quand elle a suivi ses cours de conduite, j’ai regardé au registre des entreprises. J’ai vraiment fait mes devoirs pour [ne] pas que ça lui arrive. Malheureusement, elle s’est retrouvée dans l’auto avec lui», a raconté la dame de 39 ans au juge Gilles Garneau, au palais de justice de Laval.

Ce que celle-ci ne savait pas, c’est que Boulet remplaçait temporairement une instructrice qui avait été blessée lors d’un accident avec un élève.

Quand son adolescente de 16 ans lui a révélé qu’elle ne se sentait pas à l’aise avec son moniteur de conduite, la mère de famille a «capoté».

«Ça ne se pouvait pas, 20 ans après. La Terre a arrêté de tourner. C’était épouvantable. J’avais tout vérifié. J’aurais pu gagner à la loterie, ça aurait été la même affaire», a-t-elle laissé tomber, ajoutant qu’elle s’en est voulu de ne pas avoir dénoncé Boulet plus tôt.

Lorsque la mère a porté plainte auprès de la police de Laval, en 2017, l’affaire a été rendue publique. Plusieurs autres victimes vivant aussi dans le secret depuis des années se sont alors manifestées.

«Grâce à vous, il y a eu plusieurs dénonciations et M. Boulet a été arrêté. Vous devez vous accrocher à ça. Vous en avez sûrement sauvé plusieurs autres», a fait valoir le juge Garneau.

«Vous n’avez pas à vous en vouloir. Vous avez fait tout ce qu’une mère peut faire», a poursuivi le magistrat.

Pas de procès

Boulet a décidé de couper court à son procès d’une semaine devant débuter lundi.

À la suite de pourparlers entre son avocat, Marc-André Desnoyers, et Me Jocelyne Rancourt, de la Couronne, l’aîné a plaidé coupable à 11 chefs d’agression sexuelle, d’attouchements, alors qu’il était en position d’autorité, et de menaces.

L’homme sans antécédents judiciaires connaîtra sa sentence en janvier.

Le courage de dénoncer

«Quand je suis tombée enceinte d’une fille, j’ai toujours eu dans ma tête de le dénoncer. J’ai toujours eu peur qu’il s’en prenne à ma fille. J’étais un peu paranoïaque.»

– La mère d’une victime, ayant, elle aussi, été victime de Boulet dans les années 1990

«Quand c’est arrivé, je venais juste d’avoir 16 ans. Je n’en ai parlé à personne. Je pensais que c’était ma faute parce que j’avais accepté d’aller voir l’école de conduite. [...] C’est ressorti quand j’ai vu sa photo aux nouvelles. Je me suis dit: "J’pense que c’est le temps que je parle, pour soutenir la jeune fille pour qu’elle soit crue".»

– Une autre victime ayant été agressée dans les années 1990

«Personne n’est à l’abri des prédateurs sexuels ou des mononcles aux mains baladeuses. Mais cette ère-là est terminée, et heureusement qu’il y a des femmes comme vous [pour dénoncer].»

– Le juge Gilles Garneau