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Ce que les tweets des chefs disent de leur campagne

Alexandre Faille | TVA Nouvelles

Jour après jour, les chefs des partis fédéraux tentent d’influencer le vote en leur faveur devant les caméras. Pendant ce temps, une tout autre partie se joue sur le terrain numérique.

Pour obtenir une radiographie de la campagne des chefs sur les réseaux sociaux, TVANouvelles.ca a demandé à Katherine Sullivan, une étudiante au doctorat en sciences politiques à l’Université de Montréal, de comptabiliser et d’analyser les tweets des six principaux chefs.

Justin Trudeau

Sur Twitter, le chef Justin Trudeau mène une campagne plus «positive» que la majorité des chefs, ce qui ne l’empêche pas d’attaquer au passage les autres partis, particulièrement Andrew Scheer.

Ce qui caractérise surtout la présence de Justin Trudeau sur Twitter depuis le débat de la campagne, c’est sa capacité à se montrer sous un jour «chaleureux», explique Katherine Sullivan, notamment en publiant des photos de sa campagne en compagnie de sa famille.

 

«[Trudeau] rend tout très personnel. [...] Sa campagne ressemble beaucoup à celle qu’il a menée en 2015. Elle est très professionnelle, très propre, très efficace. Ça paraît qu’il y a une bonne équipe derrière lui», analyse-t-elle.

Tweets négatifs partis

Katherine Sullivan

 

Andrew Scheer

Le chef conservateur n’a qu’une cible sur Twitter : Justin Trudeau. Depuis le début de la campagne, Andrew Scheer ne s’en est pris qu’au chef libéral, ignorant sans surprise les chefs des autres formations politiques.

 

En compilant les tweets d’Andrew Scheer, on remarque que les mots «Trudeau» et «Justin» sont ceux qui reviennent les plus fréquemment dans les messages. Pour tous les autres chefs, le mot le plus populaire est d’abord lié aux enjeux défendus par le parti – Jagmeet Singh évoque à répétition les «gens», Elizabeth May le «climat» et Justin Trudeau le «Canada».

Katherine Sullivan - Vicinitas

 

«Le numérique est un reflet de la réalité. Ce qu’on a vu au débat de mardi soir (en anglais), c’était Scheer qui s’est tout de suite tourné vers Trudeau pour le critiquer. C’est un peu ça sur Twitter aussi», note Katherine Sullivan.

Toujours en comparaison avec Justin Trudeau, Andrew Scheer propose moins de «moments de campagnes» et davantage de tweets liés aux propositions du Parti conservateur.

«Scheer est un peu plus distant, mais ça ne veut pas dire qu’il est froid ou impersonnel. Il parle quand même de son épouse qui voyage avec lui et à quel point il apprécie sa présence.»

Jagmeet Singh

Le chef néodémocrate est celui qui a le moins publié de messages sur Twitter, mais Katherine Sullivan souligne que Jagmeet Singh opte pour une approche complètement différente des autres chefs pour présenter ses idées.

«Il se base sur des anecdotes pour ensuite présenter des idées de sa plateforme, note-t-elle. Il va nous parler d’une dame qui a besoin de soins dentaires, mais qui ne peut pas se les offrir, pour ensuite dire que grâce à sa plateforme, elle pourra être soignée.»

 

Jagmeet Singh est aussi l’un des chefs qui répond le plus directement aux utilisateurs sur Twitter. Katherine Sullivan rappelle que les chefs utilisent normalement Twitter pour «diffuser» de l’information, rarement pour interagir.

«Ça rend le tout très personnel et c’est un reflet du Singh qu’on voit dans les entrevues. Toute sa plateforme consiste à être près des gens et à s’en occuper.»

Yves-François Blanchet

Le chef du Bloc québécois a adopté sur Twitter, comme dans sa campagne, un ton très nationaliste et porté à la défense des intérêts du Québec. Ce n’est donc pas étonnant de ne voir que très peu souvent le mot «souveraineté» dans les tweets d’Yves-François Blanchet. «Je ne crois pas que c’est la bonne campagne pour parler de souveraineté», soulève Mme Sullivan.

«Il consacre la majorité de ses tweets à la laïcité, mais il parle beaucoup aussi de l’environnement d’un point de vue québécois.»

 

La présence numérique d’Yves-François Blanchet est également caractérisée par un nombre important de «retweets» d’utilisateurs, parfois des personnalités connues, qui évoquent leur soutien au Bloc.

«Ces gens disent “avant je votais pour un autre parti, mais maintenant, je vote Bloc”», souligne notre analyste.

Elizabeth May

De loin la plus verbomotrice de tous les chefs fédéraux, Elizabeth May a publié plus de messages sur Twitter que Justin Trudeau, Andrew Scheer et Jagmeet Singh combinés. En date de mercredi matin, elle avait publié 1781 tweets, soit près de 1000 de plus que son plus proche poursuivant Maxime Bernier.

Tweets par chef

Katherine Sullivan

 

Ce nombre élevé s’explique en partie par l’abondance de «retweets» faits par la cheffe des Verts. La quasi-totalité du contenu relayé par Mme May provient effectivement d’autres sources, comme des articles de journaux, des études écologiques ou encore des messages favorables à son parti diffusé par d’autres utilisateurs.

«Elizabeth May, sur Twitter, agit un peu à titre de leader d’opinion écologique, souligne Katherine Sullivan. Elle va partager beaucoup d’articles de médias d’information, mais aussi des rapports sur l’État de l’environnement. On peut aussi voir toutes les activités des marches pour le climat à travers le monde.»

 

Autrement dit, la stratégie d’Elizabeth May semble être de convaincre les électeurs de voter vert en transmettant de l’information sur la crise climatique.

Maxime Bernier

Le ton de Maxime Bernier ne s’est pas adouci sur Twitter malgré la campagne électorale. La présence numérique du chef du Parti populaire est marquée par la critique des enjeux qu’ils dénoncent, comme l’immigration et la crise climatique.

«Son ton diffère beaucoup de celui des autres chefs en ce sens où il prône beaucoup la liberté d’expression et ça paraît dans ses tweets. Il se permet de parler franchement aux autres chefs, aux journalistes, mais aussi aux utilisateurs qu’il accoste sur Twitter», analyse Katherine Sullivan.

 

Dans le cas de Maxime Bernier, ajoute-t-elle, il est aussi intéressant de noter qu’il est le seul chef à attaquer davantage Andrew Scheer que Justin Trudeau.

«Ce n’est pas étonnant considérant qu’il a quitté le Parti conservateur pour former son propre parti politique.»