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«Le seul verdict possible est un verdict de culpabilité» dit la Couronne

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

La seule conclusion logique à l’issue du procès d’Ugo Fredette est un verdict de culpabilité aux deux chefs de meurtre prémédité, a plaidé la Couronne.

Le jury a pu entendre 31 témoins et voir 100 pièces qui ont été déposées dans les cinq dernières semaines au palais de justice de Saint-Jérôme.

« Les chiffres sont impressionnants, mais l’affaire au niveau des faits est assez simple », a affirmé d’emblée ce matin Me Steve Barbibeau, qui officie pour la poursuite avec Mes Karine Dalphond et Me Alexis Marcotte-Bélanger.

Ugo Fredette est accusé des meurtres prémédités de sa conjointe Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse, un aîné dont il aurait pris le véhicule pour fuir avec un enfant de 6 ans.

Les deux homicides ont été commis le 14 septembre 2017, respectivement dans la résidence du couple à Saint-Eustache et dans une halte routière de Lachute, dans les Laurentides.

« Le seul verdict possible, selon nous, est un verdict de culpabilité à l’endroit des deux chefs de meurtres prémédités », a martelé la Couronne.

Incapable d’accepter la rupture

« Si nous sommes tous ici c’est parce que M. Fredette était incapable d’accepter que sa relation puisse se terminer avec Véronique Barbe », a poursuivi Me Baribeau, faisant écho à son exposé d’ouverture du mois dernier.

Pour la Couronne, l’accusé de 44 ans ne pouvait se résoudre à vivre sans sa conjointe des huit dernières années.

Celle-ci tentait de mettre fin à leur relation tumultueuse, en septembre 2017, mais elle en a été incapable « à cause de l’accusé, qui n’a pas lâché prise et qui n’aurait jamais lâché prise ».

Mme Barbe était déterminée à rompre avec Ugo Fredette, a soutenu la Couronne, au point de faire 119 recherches sur internet pour se trouver une autre maison dans les deux semaines ayant précédé sa mort.

Harcèlement

Mais l’accusé ne pouvait s’y résoudre. Il a « communiqué de façon répétée avec Mme Barbe et il a adopté à maintes reprises un comportement menaçant envers la victime », a déclaré Me Baribeau, arguant que Fredette harcelait sa conjointe.

Le procureur a aussi insisté sur le fait que la femme de 41 ans été poignardée à 17 reprises.

Lors de son témoignage, l’accusé a indiqué ne conserver qu’un flash de l’homicide.

« Je vois Véronique couchée sur le dos dans la cuisine, avec un couteau dans la poitrine, et il y a plein de sang », a-t‐il relaté la semaine dernière.

Fredette a admis avoir causé la mort de sa conjointe, mais il affirme que cela serait survenu dans un contexte de colère accumulée, après que celle-ci l’eût menacé avec un couteau dans la cuisine.

« Il y a eu le coup de couteau, la médisance, le dénigrement, la poussée. Si on met tout ça ensemble, ce n’est pas illogique de croire qu’une personne ordinaire aurait pu atteindre son point de rupture », a résumé Me Louis-Alexandre Martin, de la défense, dans sa plaidoirie finale hier.

Le criminaliste est d’avis que son client n’avait l’intention de tuer personne, et qu’il devrait être condamné pour des homicides involontaires et non des meurtres prémédités.

« Même si Véronique Barbe avait pris un couteau, ne pourriez-vous pas déduire qu’elle craignait véritablement pour sa sécurité et qu’elle était victime de harcèlement », a plutôt fait valoir la Couronne.

« Visage défait »

Quant à l’homicide d’Yvon Lacasse, « qui a eu le visage défait en moins de huit minutes », la poursuite est d’avis qu’il a été perpétré afin que Fredette puisse fuir dans un véhicule inconnu des autorités qui étaient déjà à sa recherche.

« Croyez-vous Ugo Fredette quand il dit qu’il a arrêté à la halte routière de Lachute moins d’une heure après avoir tué Véronique Barbe pour faire [ses besoins] », a demandé la Couronne au jury ce matin.

La victime de 71 ans est décédée des suites d’un traumatisme contondant à la tête et son corps a été laissé dans un boisé des Laurentides.

Hier, la défense a soutenu dans sa plaidoirie finale que des animaux sauvages auraient pu briser certains os de l’aîné, rappelant que le pathologiste n’a pas pu déterminer quelle fracture est à l’origine du traumatisme fatal.

La plaidoirie de la Couronne se poursuit cet après-midi.

Le jury de neuf hommes et trois femmes recevra les directives finales de la juge Myriam Lachance la semaine prochaine.

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