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Nouveaux heurts entre manifestants et policiers en Équateur

Agence France-Presse

Le président équatorien Lenin Moreno a proposé vendredi aux manifestants qui protestent contre les réformes économiques de son gouvernement de «dialoguer directement» avec lui, après un regain des violences à Quito.

«Je fais un appel aux dirigeants pour dialoguer directement avec moi», a déclaré le chef de l'État dans une brève allocution télévisée, alors que de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté vendredi dans plusieurs endroits de la capitale, quadrillée par la police et l'armée.

«Il est indispensable de faire baisser la violence (...) Le pays doit savoir que nous avons la volonté de dialoguer», a ajouté le président. La veille, les responsables indigènes, fer de lance de la contestation sociale, avaient appelé à «radicaliser» les actions de protestation, après avoir rejeté le dialogue soutenu par l'ONU et l'Église catholique.

Le 1er octobre, le président Lenin Moreno, un libéral élu sous l'étiquette socialiste, avait annoncé qu'il cessait de subventionner les carburants les moins chers et les plus utilisés dans le cadre d'un accord conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit une aide de 4,2 milliards de dollars en échange de réformes.

Vendredi, aux abords du Parlement où ont été déployés des véhicules antiémeutes, des hommes cagoulés, s'abritant derrière des planches, ont lancé des pierres et fusées artisanales en direction de la police aux cris de «Assassins». La police a répliqué avec du gaz lacrymogène, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Cinq civils, dont un dirigeant indigène, ont trouvé la mort depuis le début des manifestations il y a dix jours, et près de 2000 personnes ont été blessées, selon un bilan du bureau du Défenseur du peuple, entité publique de défense des droits.

Des blessés ont été évacués par les manifestants sur des civières de fortune, ont constaté des photographes de l'AFP.

Dans un communiqué, le gouvernement a dénoncé des «attaques violentes contre les forces de sécurité» près de deux hôpitaux.

Désobéissance

Confronté à la pire crise de son mandat, le président Lenin Moreno, élu en 2017, a transféré lundi le siège du gouvernement à Guayaquil (sud-ouest). L'état d'urgence a été décrété pour 60 jours, ainsi qu'un couvre-feu autour des institutions du pouvoir.

Au total, 74 000 militaires et policiers ont été déployés.

Les indigènes - qui représentent 25% des 17,3 millions d'Équatoriens - exigent le maintien des subventions aux carburants, dont la suppression a fait bondir les prix à la pompe de plus de 100%.

Représentant 68% des pauvres dans le pays, ils sont frappés de plein fouet par la mesure qui renchérit notamment les coûts de transport pour l'écoulement de leurs produits agricoles.

Vendredi, des blocages de routes étaient recensés dans 17 provinces sur 24, selon les autorités.

Parallèlement, un millier d'Indiens d'Amazonie, armés de lances, sont arrivés vendredi à Quito pour rejoindre la mobilisation dans la capitale. Un «autre groupe est en train d'arriver», a précisé à l'AFP Apawki Castro, porte-parole de la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur (Conaie).

«Ici on viole les droits humains», a déclaré, en colère, Marlon Vargas, un dirigeant de ces communautés, dans une vidéo diffusée par l'organisation.

Ce mouvement social, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves, est inédit dans le petit pays andin depuis 2007.

Lenin Moreno accuse son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu adversaire politique, d'avoir «activé» un «plan de déstabilisation» avec l'aide du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Depuis la Belgique, où il réside depuis qu'il a quitté le pouvoir en 2017, M. Correa a appelé les forces de sécurité à la désobéissance.

«Elles ne peuvent pas continuer à réprimer leurs frères, en protégeant non pas la patrie, mais un gouvernement perdu par sa propre trahison, sa médiocrité et sa lâcheté», a-t-il déclaré dans un message sur les réseaux sociaux.

En revanche, Washington a exprimé vendredi son soutien aux «efforts du président Moreno et du gouvernement d'Équateur pour institutionnaliser les pratiques démocratiques et appliquer les réformes économiques nécessaires», selon un communiqué du secrétaire d'État Mike Pompeo.