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Scheer dévoile finalement son plan de retour à l’équilibre budgétaire

Émilie Bergeron | Agence QMI

Les conservateurs ont finalement dévoilé leur plan chiffré pour parvenir à l’équilibre budgétaire en cinq ans sans faire d’importantes coupes dans des programmes gouvernementaux, mais plusieurs détails dévoilés vendredi soulèvent des questions pour l’heure sans réponse.

«On va protéger les services publics [...] On va maintenir les investissements, les augmentations pour les services en santé et en éducation et autres programmes sociaux comme cela», a martelé le chef Andrew Scheer en point de presse à Tsawwassen, en Colombie-Britannique.

Les troupes de M. Scheer comptent prioriser les dépenses faites par le fédéral en infrastructure, apprend-on dans le cadre financier des conservateurs. Ces derniers entendent ainsi aller chercher 1,3 milliard $ dès 2020-2021. Au terme de cinq ans, les conservateurs pensent ainsi pouvoir mettre de côté un total de 18 milliards $.

Ce montant élevé a surpris l’experte en finances publiques Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa. «C’est quand même majeur. Il va y avoir des projets qui n’auront pas lieu», croit-elle.

Certaines coupes permettant d’aller chercher de nouvelles économies avaient déjà été annoncées avant vendredi, comme l’intention de sabrer de 25 % l’aide étrangère et éliminer 1,5 milliard $ par année en subventions aux entreprises qui sont déjà rentables.

«Mais il y a quand même des choses nouvelles», souligne la professeure Tellier en ajoutant que celles-ci s’accompagnent d’explications insuffisantes et qu’il reste peu de temps avant le scrutin fédéral du 21 octobre pour réclamer des précisions.

Les conservateurs estiment notamment pouvoir récupérer 14,4 milliards $ sur cinq ans avec des «réductions des dépenses de fonctionnement» du gouvernement.

M. Scheer inclut dans cette série de mesures celle de privilégier les conseils de fonctionnaires plutôt que de faire appel à des consultants externes, celle de contrôler les dépenses de l’État en matière de frais de déplacement et d’hébergement et celle que de réduire de 30 % les espaces de bureau du gouvernement.

«On va éliminer les choses comme la folie dépensière du mois de mars (March Madness en anglais) où les ministères fédéraux dépensent des centaines de millions de dollars avant la fin de l’année fiscale», a aussi indiqué le chef conservateur.

Mme Tellier voit mal ce que les conservateurs pourraient instaurer de plus à ce chapitre que ce qui est déjà en place.

«On a déjà pris des mesures depuis très longtemps au Secrétariat du Conseil du Trésor qui font en sorte que les gestionnaires peuvent reporter leur montant à l’année suivante sans que ça cause de problème», relève-t-elle.

Les troupes d’Andrew Scheer estiment par ailleurs pouvoir dégager de 410 millions $ à 610 $ annuellement en prélevant un impôt sur le revenu des géants du web.

«Comme c’est le cas en Europe, nous allons prélever un impôt de 3 % sur les revenus des entreprises qui offrent une plateforme de médias sociaux, un moteur de recherche ou un marché en ligne aux Canadiens», explique-t-on dans la plateforme dévoilée au lendemain du dernier débat des chefs.

Le plan conservateur comprend un total de 49 milliards $ en nouvelles dépenses, toujours sur cinq ans, pour accomplir des promesses de baisses d’impôt et d’incitatifs fiscaux pour des rénovations vertes.

Les libéraux de Justin Trudeau n’ont pas tardé à tailler en pièce le plan conservateur, vendredi. «On comprend maintenant pourquoi les conservateurs ne voulaient pas partager leur cadre financier avant un vendredi soir d’une longue fin de semaine. Parce qu’ils offrent 53 milliards $ en coupes aux services sur lesquels les Canadiens comptent et un retour à l’austérité des années Harper», a réagi le premier ministre sortant.

Pour l’experte en finances publiques Geneviève Tellier, le fait que le plan de M. Scheer s’étale sur cinq ans tandis que les électeurs devront choisir qui formera le gouvernement pour seulement quatre ans mine la crédibilité de la plateforme conservatrice.

«Il faudrait davantage parler d’un mandat durant lequel il y aura un déficit à chaque année. Ce serait plus juste, estime-t-elle. La cinquième année, le gouvernement ne sera pas là et il n’a aucun contrôle sur ce qui va arriver.»

Notons que le Parti vert promet aussi un plan de retour à l'équilibre budgétaire en cinq ans.