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Un bras de fer payant pour Michel Goulet

Stéphane Cadorette

 - Agence QMI

Maurice Filion

JOHN TAYLOR / LES ARCHIVES / LE JOURNAL DE MONTREAL

Durant leur trop bref passage dans la LNH, les Nordiques ont souvent eu maille à partir avec des joueurs récalcitrants concernant le fait de devoir s’installer à Québec. Il n’en a clairement pas toujours été ainsi et l’exemple le plus éloquent dès leur première saison demeure Michel Goulet, qui a littéralement livré une bataille à la ligue pour forcer sa venue dans l’équipe et la ville de son cœur.

La fierté de Péribonka avait conclu un pacte avec les Bulls de Birmingham, dans l’AMH, en 1978. Or, son contrat prévoyait spécifiquement qu’advenant une fusion entre le circuit maudit et la LNH, si les Nordiques faisaient le saut dans la grande ligue, Goulet les suivrait.

Le stratagème a évidemment été invalidé par les bonzes de l’époque à la Ligue nationale, mais devant l’impasse, Goulet et les Nordiques ont fait équipe avec l’avocat Guy Bertrand pour dissuader les équipes de le repêcher.

«C’était de belles manigances avec Me Bertrand, Marcel Aubut et Maurice Fillion. Me Bertrand avait même menacé de poursuivre n’importe quelle équipe qui allait me repêcher», se souvient le «Gou», fort amusé de la démarche, 40 ans plus tard.

La pression exercée par l’avocat à la féroce réputation a visiblement créé son effet puisqu’au 20e rang du repêchage, les Nordiques repêchaient Goulet, exauçant du même coup son vœu le plus cher.

«J’avais joué mon hockey junior à Québec avec les Remparts et c’est là que je souhaitais vivre ma carrière professionnelle. C’était risqué et ça paraissait spécial comme position, mais c’est un beau “gambling” qui a marché parce que ça m’a permis de vivre 10 belles années dans la LNH à Québec. Je n’ai aucun regret d’avoir utilisé cette stratégie», assure le prolifique marqueur, qui avait aussi fait pression pour obtenir un contrat en français.

Débuts modestes

Les partisans au sang bleu se remémorent encore aujourd’hui les 548 buts de Goulet, dont 456 avec les Nordiques, qui l’ont conduit au Temple de la renommée en 1998. Le productif ailier gauche avait connu une saison recrue prometteuse, mais modeste, avec 22 buts, en 1979.

«C’était vraiment une belle année pour moi, même si je jouais plus souvent qu’autrement sur le troisième ou quatrième trio. J’ai appris beaucoup de plusieurs vétérans, dont Marc Tardif, qui m’avait énormément aidé à composer avec la pression. Cette année-là, c’était une grande chaise musicale avec plusieurs joueurs qui partaient et d’autres qui arrivaient. Jacques Demers avait fait au mieux avec ce qu’il avait sous la main», rappelle Goulet.

Une énergie spéciale

Le numéro 16, malgré beaucoup de vécu, n’est pas près d’oublier l’accueil chaleureux des amateurs de Québec quand leur équipe a gradué dans la LNH.

«C’était incroyable! Il y avait tellement d’énergie dans la ville même si nous n’avions pas une excellente équipe. On a connu une bonne première moitié de saison, mais ça a été plus dur par la suite. On a vite compris que quand le Canadien débarquait en ville, ce n’était pas Brimingham!»

Quant à sa brillante carrière à Québec, Goulet s’estime privilégié de faire partie des monuments de l’histoire de l’équipe.

«Je voulais juste essayer de m’améliorer d’année en année. Connaître une belle saison, ça peut arriver à tout le monde, mais ce n’est pas facile de produire constamment et c’était important pour moi», indique l’auteur de quatre saisons de plus de 50 buts.

Michel Goulet aujourd’hui

Après sa carrière avec les Nordiques et les Blackhawks, Michel Goulet a longuement travaillé avec l’Avalanche du Colorado, avec qui il a remporté la Coupe Stanley en 1996 et 2001, à titre de directeur du personnel. Il a ensuite été dépisteur pour les Flames de Calgary, de 2010 à 2016, avant de faire le saut chez les Ducks d’Anaheim lors des deux dernières saisons. Il vit à Denver.