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Même un proprio peut être évincé pour insalubrité

Michael Nguyen | Journal de Montréal

GRACIEUSETÉ DE LA COUR

La Ville de Montréal a pris les grands moyens en saisissant le tribunal pour évacuer une sexagénaire et ses enfants d’un logement insalubre et dangereux, au grand dam de la femme qui y voit plutôt de l’acharnement contre elle.

«La Ville dit que c’est pour ma sécurité, mais je ne suis pas malade, elle parle de risque d’incendie, mais il n’y en a jamais eu! C’est de l’abus de pouvoir», peste Marise Fenelon, la propriétaire d’un duplex du quartier Saint-Michel, à Montréal.

La Ville tente depuis le mois de mars de faire évacuer la résidence de la femme en raison de risques importants pour les occupants. Infiltration d’eau, moisissure, balcon mal fixé, fondation effritée, risque d’incendie: il ne s’agit là qu’un échantillon des problèmes notés par des inspecteurs.

Mais la propriétaire est convaincue qu’il s’agit d’exagération.

«Des fondations, ça ne s’effrite pas, lance-t-elle malgré des signes évidents de dégradation sur le mur extérieur du logement. Ça fait 25 ans que j’habite ici et je compte rester. La Ville tente de m’écraser et de me placer en situation d’itinérance.»

La Ville a bien tenté d’utiliser la méthode douce pour convaincre la femme de quitter les lieux jusqu’à ce qu’ils soient mis en état. D’abord avec un avis de conformité, puis avec un ordre d’évacuation.

Un inspecteur s’est ensuite présenté sur place à plusieurs reprises avec deux infirmières, puis avec une intervenante sociale.

Méthode forte

«L’inspecteur lui a rappelé [...] que le bâtiment est impropre à l’habitation», peut-on lire dans la poursuite civile de la Ville déposée vendredi. Mais chaque fois, la Ville a essuyé un refus.

«[Mme Fenelon] refuse catégoriquement de quitter les lieux, indique le document de cour. Elle mentionne qu’il faudra la faire partir de force.»

À court d’options, la Ville s’est finalement résolue à utiliser la force, afin de faire évacuer Mme Fenelon et ses deux enfants majeurs. Elle demande donc à la cour de faire appel aux policiers, et leur permettre de prendre «tous les moyens raisonnables pour entrer» dans le bâtiment.

Hébergement humanitaire

Conscient des répercussions pour la sexagénaire et ses enfants, la Ville s’engage toutefois à l’héberger pendant «quelques jours» et lui offrir de l’aide psychosociale. Mme Fenelon pourra ensuite réintégrer sa demeure une fois les travaux correctifs réalisés.

Mais pour la femme qui a longtemps œuvré dans le milieu communautaire, cette option n’est pas viable.

«Ici, ce n’est pas dangereux, conclut-elle. J’ai déjà fait des travaux et je veux continuer à les faire, mais tranquillement. Mais là, la Ville va me mettre à terre. Je vais devoir trouver un avocat, mais je n’ai pas les moyens. Je ne sais plus quoi faire.»