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Lourdes peines de prison pour des indépendantistes catalans

Agence France-Presse

Les indépendantistes catalans sont descendus lundi dans les rues de Barcelone pour dénoncer la condamnation de neuf de leurs dirigeants par la Cour suprême d'Espagne à des peines allant de neuf à 13 ans de prison pour la tentative de sécession de la Catalogne en 2017.

Cette condamnation, qui intervient à moins d'un mois des prochaines élections en Espagne, relance la tension dans la région que le séparatisme maintient en ébullition depuis près de dix ans. Après cette sentence, la justice espagnole a lancé un nouveau mandat d'arrêt international contre l'ancien président catalan Carles Puigdemont, qui a fui en Belgique.

Dès l'annonce de l'arrêt de la Cour, des militants ont bloqué des rues de la métropole catalane.

A la mi-journée, des milliers d'entre eux étaient rassemblés Place de Catalogne, dans le centre de la ville, a constaté l'AFP. Une plate-forme indépendantiste baptisée «Tsunami démocratique» les a appelés à bloquer l'aéroport. Des manifestations sont prévues dans toute la région à 20 h.

«Je ressens de la rage, de l'impuissance. Ils sont condamnés pour une idéologie qui est la mienne, a déclaré à l'AFP Joan Guich, étudiant de 19 ans. Maintenant, nous devons nous mobiliser (...) Bloquer les aéroports, les gares mais toujours en évitant la violence».

L'ancien vice-président régional catalan Oriol Junqueras s'est vu infliger la plus lourde peine avec 13 ans de prison pour sédition et détournements de fonds publics.

«Nous reviendrons encore plus forts (...) Nous reviendrons et nous gagnerons», a réagi, dans une lettre à ses partisans, cet historien de 50 ans, numéro un du parti Gauche républicaine de Catalogne (ERC), qui était le principal accusé du procès en l'absence de Carles Puigdemont.

M. Puigdemont a pour sa part dénoncé une «aberration».

Huit autres indépendantistes, pour certains en prison comme M. Junqueras depuis près de deux ans, ont été condamnés à des peines allant de neuf à 12 ans de prison pour sédition, et détournements de fonds publics dans certains cas.

Figurent parmi eux l'ancienne présidente du parlement catalan Carme Forcadell (11 ans et demi), les dirigeants des puissantes associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart (9 ans) et cinq anciens «ministres» régionaux (entre 10 ans et demi et 12 ans).

Les juges ont écarté les accusations de rébellion émises par le parquet qui avait requis 25 ans de prison pour Junqueras.

Trois autres anciens membres du gouvernement catalan, qui étaient en liberté conditionnelle, ont eux été condamnés à des amendes de quelque 60 000 euros (87 000 dollars canadiens) chacun pour désobéissance.

Ces douze indépendantistes ont été jugés notamment pour avoir organisé le 1er octobre 2017, en dépit de l'interdiction de la justice, un référendum d'autodétermination, émaillé de violences policières, et pour la proclamation le 27 du même mois d'une vaine déclaration d'indépendance votée par le parlement catalan.

Cette tentative de sécession de la Catalogne, riche région de 7,5 millions d'habitants, avait été la pire crise politique qu'ait connue le pays depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Dans une allocution solennelle, en espagnol et en anglais, le chef du gouvernement Pedro Sanchez a appelé à une «nouvelle étape» en Catalogne basée sur le «dialogue», tout en martelant que «personne n'est au-dessus de la loi».

Ces derniers jours, M. Sanchez avait prévenu qu'il n'hésiterait pas à prendre des mesures extraordinaires pour garantir la sécurité, y compris à suspendre l'autonomie de la région, comme en octobre 2017 après la tentative de sécession. Des renforts policiers ont été envoyés.

Toujours aux commandes de la région, les indépendantistes ont eux appelé à la «désobéissance civile».

«La société catalane saura répondre à cette ignominie (...) avec détermination et fermeté», a déclaré le président régional Quim Torra.

Condition indispensable de la rébellion -- qui est un délit contre la Constitution sévèrement puni --, l'existence ou non d'un soulèvement violent avait été la question centrale du procès historique de ces indépendantistes à laquelle les juges ont répondu par la négative.

Le parquet n'avait pas hésité à qualifier les événements de 2017 de «coup d'État».