/news/politics

Quarante économistes écorchent GNL Québec

Étienne Paré | Agence QMI

Le projet de GNL Québec de construire une usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay est sévèrement critiqué par une quarantaine d’économistes québécois, qui doutent des bienfaits économiques et écologiques vantés par les promoteurs de ce vaste complexe industriel.

Déjà vilipendé par les militants environnementaux, voilà que le projet, qui devrait voir le jour pour 2025, est cette fois-ci contesté par 40  économistes, principalement du milieu académique.

 

Dans une lettre ouverte qui sera publiée mardi, mais dont l’Agence QMI a obtenu copie, ils remettent notamment en cause l’un des arguments principaux de GNL Québec, qui insiste toujours pour dire que le gaz qui sera exporté par bateau à partir du Saguenay permettra de remplacer certaines sources d’énergie beaucoup plus polluantes, notamment le charbon, ailleurs dans le monde.

«Contrairement à ce que prétend son promoteur, le gaz transporté par ce pipeline pourrait bien remplacer du gaz conventionnel plus propre ou de l’électricité de sources renouvelables, et ainsi augmenter les émissions globales de GES», peut-on lire dans la lettre.

Pour illustrer ce propos, l’un des signataires, Éric Pineault, donne l’exemple de l’Allemagne, qui compte cesser de produire du charbon d'ici 2035 et qui magasine d’autres sources d’énergie pour s’alimenter en électricité.

«Si l’offre de gaz augmente avec GNL Québec, le prix sur le marché va être bas et ça va nuire aux énergies solaire et éolienne et même aux sources de gaz plus propres. C’est un peu ce qui se passe présentement en Nouvelle-Angleterre, qui ne veut pas nous acheter de l’hydroélectricité parce que le gaz coûte des "peanuts"», a expliqué le professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM

Éric Pineault affirme qu’en temps normal, les 40 économistes auraient fait valoir leur argumentaire lors des audiences du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui n’ont pas encore été fixées.

Or, ils déplorent que le ministre de l’Environnement, Benoît Charrette, ait d’ores et déjà exclu que le BAPE se penche sur les impacts de ce projet sur le marché international de l’énergie.

Contacté par l’Agence QMI, le bureau du ministre n’a pas souhaité commenter pour l’instant.

Un projet polluant

Si l’impact environnemental du projet n’a pas encore été étudié, d’autres inquiétudes persistent depuis que le projet a été lancé en 2014. Dans une vidéo publiée le mois dernier, plusieurs personnalités publiques affichent leur opposition à GNL Québec, craignent notamment pour les populations de bélugas dans le fjord du Saguenay, où d’énormes bateaux transportant du gaz liquéfié passeraient si le projet venait à se concrétiser.

L’opposition est aussi vive à cause du conduit souterrain de l’entreprise Gazoduq qui serait construit entre le nord de l’Ontario et Saguenay pour y acheminer le gaz à liquéfier.

D’après les 40 économistes, ce tracé pourrait encourager certaines personnes à réanimer Énergie Est, ce projet d’oléoduc passant par le Québec pour atteindre les Maritimes auquel s’oppose le gouvernement Legault.

Certes, contrairement à Énergie Est, Gazoduq acheminerait du gaz naturel et non du pétrole, mais il n’en demeure pas moins que l’empreinte écologique est notoire, selon Éric Pineault.

«La manière dont le marché se développe présentement nous laisse croire que ce gaz ne serait pas extrait de manière conventionnelle, mais bien par fracturation dans l’Ouest canadien, ce qui est beaucoup plus polluant», a expliqué le professeur d’économie.

Il croit d’ailleurs que ce sont les provinces de l’Ouest qui profiteront le plus de l’ensemble du projet, relativisant les 1100  emplois directs et 6000  emplois indirects dont parle GNL Québec seulement pour l’usine de liquéfaction Énergie Saguenay. Comme les autres cosignataires de la lettre, M. Pineault pense que GNL Québec accentuera la pénurie de main-d’œuvre, une nouvelle réalité au Saguenay.

«Ça pourrait faire mal aux autres secteurs économiques de la région qui nécessitent une main-d’œuvre qualifiée. Mais, même là, on n’aura pas le choix de faire venir des travailleurs de l’Ouest. C’est donc l’argent du gouvernement du Québec qui va servir à payer des hypothèques en Alberta», a-t-il mentionné, faisant allusion au rabais d’électricité que veut offrir Hydro-Québec pour le fonctionnement de l’usine.

Sans avoir vu la lettre, GNL Québec a tout de même de même voulu répliquer à ces arguments.

«Le gaz naturel ne se substitue pas aux énergies renouvelables existantes et joue un rôle de complémentarité dans la production énergétique des pays.  Concernant la main-d’œuvre, nous attirons déjà et recevons des CV de l’extérieur du Québec et travaillons avec les tables interordres en enseignement dans la région afin de développer une expertise régionale et développer des nouveaux créneaux d’enseignements», a réagi par courriel Stéphanie Fortin, directrice principale aux affaires publiques et relation avec les communautés pour GNL Québec.

 

Dans la même catégorie