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Ses bijoux de «famille» des Hells Angels confisqués

Éric Thibault | Le Journal de Montréal

La veste et les bijoux à l’effigie des Hells Angels qu’un membre du gang portait quand il a menacé une policière de Montréal de lui enfoncer sa caméra dans le postérieur lui ont été confisqués pour de bon, vendredi.

Earl Noseworthy, un Ontarien membre des Hells du chapitre East Toronto, devra faire son deuil de ses « patches » et de sept bijoux décorés de la tête de mort ailée emblématique des motards. Le juge Benoit Gariépy a décidé qu’il s’agissait de « biens infractionnels ».

La Procureure générale du Québec est ainsi devenue la nouvelle propriétaire de cette veste de cuir ainsi que des bagues, pendentifs, chaînes et bracelet en or que Noseworthy s’était fait saisir après avoir invectivé l’agente Kathryn Duplantie, le 10 août 2018.

Le motard de 53 ans comptait alors parmi 500 membres et supporteurs des Hells de partout au pays qui se rendaient en Montérégie pour leur plus gros rassemblement annuel, le « Canada Run ».

Tous les motards devaient s’immobiliser à un point de contrôle sur l’autoroute 20, à la hauteur de Belœil.

Des représentants de plusieurs corps de police inspectaient leurs Harley Davidson et vérifiaient leur identité en les prenant en photo.

Impoli et agressif

Quand la policière du Service de police de la Ville Montréal (SPVM) a voulu le photographier, Noseworthy « s’est avancé de façon agressive vers elle » et l’a pointée du doigt « en prononçant des paroles menaçantes », a relaté le juge.

« Enlève ta maudite caméra de ma face ou je vais te la fourrer dans le derrière », lui avait lancé le motard.

Or, « il est manifeste que les mêmes paroles et le même comportement susciteraient moins de crainte s’ils provenaient d’une personne habillée comme le commun des mortels et non pas accoutrée comme l’était l’intimé », a estimé le juge Gariépy.

Bijoux Hells

Costume menaçant

Selon lui, « le costume dans lequel [Noseworthy] paradait se voulait clairement une démonstration de son appartenance au tout puissant groupe de motards hors la loi ».

« Chaque bijou avait été choisi et placé méticuleusement pour provoquer un sentiment de crainte, tant dans le public en général qu’auprès de la policière dans l’exercice de son travail », a-t-il ajouté.

Citant un expert de la Sûreté du Québec, le juge a rappelé que « cette capacité d’intimidation [des Hells] fait partie de la culture populaire ». Le public est bien « au courant de leur réputation et de la violence qu’ils inspirent ».

Earl Noseworthy, qui avait fait le voyage jusqu’au palais de justice de Saint-Hyacinthe, a encaissé la décision sans broncher.

Son avocat, François Taddeo, a indiqué au Journal qu’ils allaient « étudier » la possibilité de porter la cause en appel.

Le motard, qui travaille dans la construction, s’était reconnu coupable d’entrave au travail d’une agente de la paix dans ce dossier, en juin dernier.

Travaux communautaires

Il avait écopé d’une probation d’un an et de 50 heures de travaux communautaires.

La confiscation par l’État de sa veste ornée du logo des Hells et de ses bijoux est sans doute plus dure à digérer que sa peine. Selon des documents judiciaires, c’est l’organisation des Hells qui détient la propriété des « patches » que seuls ses membres en règle peuvent porter et qui doivent donc les chérir comme la prunelle de leurs yeux.