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Le commando de la mafia dans le box des accusés

Eric Thibault | Journal de Montréal

Quatre présumés assassins de la mafia, dont un chef pompier de la Montérégie et sa conjointe, ont comparu au palais de justice de Montréal dans la matinée de jeudi, au lendemain de leur arrestation.

C'est avec la mine d'une femme visiblement désemparée que Marie-Josée Viau s'est avancée dans le box des accusés, en retenant ses larmes, suivie de Guy Dion, qui dirigeait le service des incendies de Saint-Jude avant que le couple soit appréhendé mercredi matin.

Mme Viau, qui a été inspectrice municipale et responsable des travaux publics de la localité de Sainte-Madeleine entre juillet et octobre 2015, est inculpée d'avoir comploté et participé à trois meurtres, comparativement à deux pour son conjoint.

«Nettoyeurs» de preuves

Comme le rapportait Le Journal jeudi matin, l'homme et la femme de Saint-Jude auraient agi en tant que «nettoyeurs» pour un commando de présumés tueurs associés à des rivaux du clan Rizzuto.

Dion, 48 ans, et sa conjointe auraient notamment fait disparaître des traces compromettantes liées au meurtre de Giuseppe et Vincenzo Falduto, deux frères qui résidaient à Rivière-des-Prairies et dont les corps n'ont jamais été retrouvés depuis leur disparition, le 30 juin 2016.

Marie-Josée Viau est aussi inculpée du meurtre prémédité de Rocco Sollecito, un ex-chef intérimaire de la mafia italienne qui a été l'un des lieutenants du défunt parrain Vito Rizzuto.

Sollecito a été tué par balles au volant de son véhicule après s'être arrêté en face d'un abribus où un tireur l'attendait, le 27 mai 2016, à Laval.

Jonathan Massari, le beau-frère de Mme Viau, a lui aussi comparu pour répondre à des accusations relativement à ces trois meurtres et à celui d'un ancien leader du clan Rizzuto, Lorenzo Giordano, abattu dans le stationnement d'un centre d'entraînement de Laval en mars 2016.

Massari, qui réside à Bois-des-Filion, est le seul membre du quatuor à faire face à des accusations pour quatre meurtres.

Dominico Scarfo, un Montréalais de 47 ans, est quant à lui inculpé du meurtre prémédité de Sollecito et de Giordano.

Infiltrés par une «taupe»

Contrairement à Mme Viau, les trois autres accusés sont restés impassibles et très calmes durant leur bref passage devant le tribunal.

Ils demeureront tous détenus jusqu'à nouvel ordre en attendant la suite des procédures judiciaires, à la mi-décembre.

Comme rapporté par Le Journal jeudi matin, le quatuor avait été piégé par une «taupe» à la solde des forces policières.

Ce criminel embauché comme agent civil d'infiltration a enregistré les suspects à leur insu et a obtenu des aveux incriminants durant le projet Préméditer.

Cette enquête d’une durée de neuf mois a été menée par l'Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO) avec un groupe d'enquêteurs de la Sûreté du Québec et de la police de Montréal.

Les procureurs de la poursuite Pascal Lescarbeau et Julien Tardif ont requis et obtenu du tribunal l'émission d'une ordonnance visant à préserver la confidentialité de l'identité de la «taupe», afin de ne pas compromettre sa sécurité.

«Le témoignage [de cet agent civil], appuyé des images de surveillance physique, des messages texte [interceptés] ainsi que des enregistrements de type “bodypack”, constituera le cœur de la preuve à charge de la requérante contre les intimés lors de leur procès», précise la Couronne dans la requête que ses procureurs ont déposée en cour.

Rappelons que les quatre accusés auraient été dirigés par le caïd Salvatore Scoppa lors de cette série de règlements de compte entre clans adverses de la mafia italienne.

Scoppa aurait aussi été arrêté mercredi dans cette opération, mais il a lui-même été assassiné par un tireur alors qu'il participait à une fête familiale dans un hôtel de Laval, le 2 mai dernier.

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