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«Je veux jouer toutes les femmes!» – Mylène St-Sauveur

Pascale Wilhelmy | Agence QMI

ART-GALA DES PRIX GÉMEAUX

Dario Ayala / Agence QMI

Mylène St-Saveur connaît une belle rentrée. Nous la retrouvons dans la peau d’Olivia, dans «L’heure bleue», et nous pouvons la voir dans la série «Alerte Amber», où elle incarne un personnage totalement différent: une policière fonceuse et téméraire. «Une battante, une féroce, une sensuelle aussi. Bien loin de tout ce que j’ai pu jouer», confie celle qui s’investit à fond dans chacun de ses rôles.

J’arrive alors que la séance de photos n’est pas terminée. Mylène sourit et relève la tête. La lumière capte son visage et lui donne un air de gamine. Quelques instants plus tard, elle enfile un blouson, prend une autre pose, fixe l’objectif, plus sérieuse, plus sensuelle. Magnifique!

En l’espace de quelques secondes, elle vient de se transformer devant moi. Face à la caméra — qui manifestement ne l’intimide pas —, elle se laisse aller et devient une autre. Je constate, avant même d’avoir commencé l’entrevue, l’étendue du registre de la comédienne.

Mylène, cet automne, on a renoué avec ton personnage d’Olivia, dans «L’heure bleue», que le public a appris à aimer. Qu’est-ce qui explique cet attachement, selon toi?

Olivia est un personnage qui a réussi, au fil des épisodes, à obtenir un capital de sympathie auprès des gens parce que certains se retrouvent en elle, même si elle n’a pas la langue dans sa poche. Au départ, elle avait le jugement facile, et les gens la trouvaient un peu désagréable. Mais, rapidement, ils ont compris les raisons pour lesquelles elle agissait ainsi. C’est une fille qui souffre un peu d’insécurité, et elle est devenue plus attachante quand elle a dû faire face à la maladie. Et quand son copain et une de ses très bonnes amies l’ont trompée, ça a touché les gens. Ils ont appris à l’aimer d’une autre façon, avec sa vulnérabilité et son humanité. Ce qui n’empêche pas qu’Olivia conserve une attitude vivante, batailleuse et protectrice. Nous allons beaucoup voir ce côté d’elle, cette saison.

En quoi ressembles-tu à ce personnage?

Olivia me ressemble beaucoup dans sa façon de s’affirmer. Avec les années, j’ai appris à être capable de dire non, à imposer mes limites. Là-dessus, je pense qu’on se rejoint. Et aussi en ce qui a trait à l’implication, à l’engagement. Lorsque je me sens interpellée par une cause ou que j’ai envie d’aider des gens, je me donne corps et âme.

Y a-t-il des causes que tu soutiens en ce moment?

Je ne suis pas associée à une cause en particulier, mais il y a certaines choses qui m’interpellent davantage, comme l’environnement et les jeunes. J’aime rencontrer des jeunes et les aider à trouver quelque chose qui les passionne. J’aime connecter avec eux. Je suis justement dans cette recherche-là, présentement: je veux savoir ce que je peux apporter aux autres en tant qu’artiste, à quoi peut servir ma voix.

Il paraît que tu t’es beaucoup investie pour bien jouer Olivia. Tu as notamment voulu savoir ce que c’était de vivre quand on a perdu la vue...

Oui. Je voulais que mon jeu soit le plus réaliste possible. Je suis intense... Je ne vais pas jusqu’à demander qu’on m’appelle par le nom de mon personnage durant le tournage, mais j’ai besoin d’expérimenter et de comprendre ce que je joue. J’ai ce désir d’aller au fond des choses. Surtout dans ce cas-ci! Je voulais tellement rendre ce vécu-là, l’expérience de l’opération et de la cécité, de manière respectueuse. Je voulais que ce soit vrai!

Tu aimes cette idée de t’investir et de te transformer?

C’est important! D’autant plus que, cet automne, je suis présente dans deux séries et sur le même réseau. Un soir, on me voit dans un rôle, et le lendemain, dans un tout autre personnage. Alors, mes propositions doivent être différentes, et il faut que les téléspectateurs perdent l’actrice de vue. Et j’aime me perdre... Je n’ai pas envie qu’on voie Mylène St-Sauveur chaque fois.

Le fait de fouiller et de travailler beaucoup tes personnages, est-ce un aspect de ton métier que tu apprécies?

La curiosité, l’empathie, ça fait partie de mon métier. Alors, oui, c’est important. De plus, je ne suis pas beaucoup allée à l’école, donc c’est peut-être dû aussi au fait que je me dis: «J’ai encore des choses à apprendre, des livres à lire...» Je veux me nourrir de tout ce qui m’entoure!

Comme tu l’as mentionné, on peut aussi te voir dans une autre série, «Alerte Amber», dans laquelle tu joues la sergente- enquêtrice Lily-Rose Bernard.

C’est tellement un beau personnage! Ce rôle-là est juste fabuleux. C’est la première fois qu’on m’offre un personnage «de profession», c’est-à-dire que je ne suis pas la blonde, la sœur ou la femme de quelqu’un. Ça coupe de l’image romantique et un peu fleur bleue qu’on peut parfois avoir de moi. Lily-Rose est une battante, une féroce, une sensuelle aussi. C’est un personnage qui a mon âge, dans la trentaine, qui est sur Tinder. Il y a quelque chose en elle de très actuel, de très fort. C’est une «badass», elle est cool et elle ne s’en laisse pas imposer. J’ai tourné des scènes où je courais en forêt, où il y avait des batailles avec des cascadeurs... C’est complètement à l’opposé de ce que joue dans «L’heure bleue».

Manifestement, c’est un rôle qui te plaît...

C’est le fun d’apprendre de nouvelles choses, de porter de nouveaux souliers. Pour ce rôle de policière, j’incarne une fille très cérébrale, cartésienne, qui analyse les choses. On n’est pas dans les émotions. C’était tout un défi, parce que nous sommes tellement habitués, en tant qu’acteurs, à jouer des émotions profondes. Là, c’est tout le contraire.

Es-tu du genre à te faire un tableau avec des photos, des impressions de ce que sera ton personnage? Un «mood board», comme plusieurs l’appellent...

Je suis très «mood board»! À la maison, j’ai un tableau où je mets des images, des pensées, des citations... Dans ce cas-ci, j’ai aussi mis des noms de femmes fortes qu’on voit à l’écran. J’avais envie de m’inspirer de certains personnages.

Même si tu n’es pas allée à l’école très longtemps, tu es une bonne élève!

Je suis vraiment une première de classe; tout le monde me le dit! (rires) Je suis du genre à avoir des crayons de plusieurs couleurs, des surligneurs et des «post-it» que je colle dans mes textes... Je suis très «académique». J’adore prendre le temps de faire des recherches et d’approfondir un personnage. Maintenant, ça va tellement vite, sur les plateaux, que j’aime faire mon travail en amont. Comme ça, je suis prête et je peux me laisser aller sur le plateau.

Revenons à Lily-Rose, d’«Alerte Amber». En quoi ce personnage te ressemble-t-il?

Je suis très sportive dans la vie. J’aime les sports intenses, et Lily-Rose est une fille qui serait du genre à faire de l’escalade ou du parachute, à prendre son vélo sur ses épaules et à le monter à son appartement. Je m’entraîne beaucoup en salle, je fais de la boxe et j’ai commencé l’escalade de blocs. Je suis active. Par contre, je pense que Lily-Rose est une fille moins peureuse que moi. C’est une fonceuse, une leader... Cela dit, j’ai tendance à adopter de plus en plus ce type de «je-m’en-foutisme». Lily-Rose n’est pas maquillée, elle est libre, elle est bien juste comme elle est. Moi, on m’a souvent vue très maquillée, très pimpante, même au naturel, mais là, pour ce personnage, il y a quelque chose de brut. J’aime cette beauté animale et je trouve ça bien, de présenter aussi ce côté de ma personnalité.

Ça reflète sans doute ta façon d’être parfois dans ton quotidien...

Oui, des fois, j’ai juste une casquette, un t-shirt et j’ai l’air d’un petit gars dans la rue. J’aime ça! C’est le fun de montrer qu’il y a plein de visages dans la société. Cette fille-là existe quelque part, je peux la croiser dans la rue. J’aime présenter cette option-là. Au fond, je veux jouer toutes les femmes!

Depuis quelques années, ta carrière va très bien. Tu as un beau parcours...

Je suis choyée. Mais on ne sait jamais... tout ça peut s’arrêter n’importe quand. C’est une roue, c’est cyclique et c’est normal. Disons que je suis fière de mon parcours jusqu’à maintenant. Je vais avoir 30 ans en mars, et ça vient avec une prise de conscience. C’est un âge que j’aime beaucoup, parce qu’on est supposé avoir tous les outils pour foncer et continuer d’avancer. En principe, on a le temps, la santé et plus de moyens que dans la vingtaine. Je suis plus établie, j’ai mon appartement, je n’ai pas encore d’enfants... Alors, c’est un bon moment pour être juste assez égoïste, mais quand même portée à aller vers les autres. J’ai de sérieuses questions à me poser sur ma mission en tant qu’artiste, en tant que femme, en tant qu’adulte. J’en suis rendue là.

Et tu es fière de toi?

Je suis fière de l’autonomie que j’ai acquise. De mon indépendance, de ma maturité. Je ne suis pas la même fille qu’il y a 10 ans, et j’apprends encore beaucoup des autres. Je suis bien entourée, j’ai de bons modèles. Il y a plusieurs portes ouvertes devant moi. Je dois choisir laquelle je veux emprunter afin d’être heureuse et de m’accomplir. J’ai aussi de bons amis, une bonne équipe... Je suis entourée de gens vivants, rayonnants. Je suis fière de ça aussi. Et je veux continuer d’apprendre. Pour résumer, j’essaie juste d’avancer en ayant le moins de peurs possible. Je veux remettre ça entre les mains de ce qui est plus grand que moi et dire: «Je lance ça dans l’univers»... tout en travaillant pour que ça se produise. Ce que je fais... Très fort. (rires)

«Alerte Amber», lundi 21 h, à TVA. «L’heure bleue», mardi 20 h, à TVA.