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Faire pousser des citrons... au Québec!

Sylvie Lemieux | Le Journal de Québec

PHOTO MARTIN ALARIE

Vyckie Vaillancourt a laissé le monde des communications et du marketing pour devenir la première productrice d’agrumes exotiques au Québec.

Son entreprise, O’Citrus, est née durant une formation en entrepreneuriat à HEC Montréal. Comme projet de fin d’études, elle devait simuler la création d’une entreprise. Elle a alors eu l’idée d’explorer le marché des agrumes asiatiques, comme le citron yuzu, qui poussaient déjà dans les serres de la ferme familiale, à Laval.

« Mon père avait amorcé cette culture de façon expérimentale il y a une dizaine d’années, raconte Vyckie Vaillancourt. Je me suis rendu compte qu’il y avait une réelle demande pour ce type de produits. »

Ferme familiale

En 2017, elle a donc décidé de quitter son emploi au Groupe Robert pour s’investir à fond dans le développement de son entreprise, qui est devenue une nouvelle division de la ferme Vaillancourt.

« J’avais la chance de disposer des installations et d’arbres matures, ce qui a limité les frais au démarrage. Il faut cinq ans avant qu’un citronnier commence à produire. O’Citrus n’existerait pas, n’eût été la ferme. »

Production en expansion

Consciente qu’elle ne peut concurrencer les grands producteurs, elle se concentre sur les agrumes difficiles à trouver ici, comme le citron caviar, la main de Bouddha ou le sudachi japonais.

Elle a démarré la production avec quatre citronniers yuzu. Aujourd’hui, elle en cultive environ 150, de diverses variétés. Elle s’apprête à les déménager dans une nouvelle serre en construction qui lui permettra de doubler la superficie de production.

Ses produits ont vite eu l’heur de plaire aux restaurateurs, sa principale clientèle. Parmi ses fidèles, il y a le Toqué!, le Roselys de l’hôtel Reine-Elizabeth, le Mousso, couronné le restaurant de l’année en 2018 lors du gala des Lauriers de la gastronomie. Elle compte également des clients aux quatre coins de la province, de même qu’au Nouveau-Brunswick.

Relève agricole

Elle ne manque pas d’idées pour faire grandir O’Citrus. Elle explore notamment le marché des produits dérivés, comme les concentrés de jus.

Elle mijote également plusieurs projets pour la ferme familiale, maintenant qu’elle a décidé d’en prendre la relève. Elle a longtemps refusé de travailler dans le milieu agricole, le trouvant trop exigeant, jusqu’au jour où son père, Yves, a évoqué la vente de la ferme maraîchère, qui est dans la famille depuis 185 ans.

« C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je n’étais pas sûre à 100 % de vouloir y renoncer. J’avais du mal à imaginer la ferme dans les mains d’une autre famille. Comme je suis fille unique, j’étais la seule relève. D’où la décision d’entreprendre des études en entrepreneuriat pour voir si j’avais la bosse des affaires », raconte Vyckie.

Elle devient ainsi la première femme à prendre les rênes de la ferme maraîchère de 150 acres.

« Avant moi, il y a toutefois eu ma grand-mère, qui a travaillé fort aux côtés de mon grand-père. Elle est encore très active et s’occupe du kiosque de vente. »

Vyckie a développé sa propre vision d’affaires. Cet été, elle a organisé un premier dîner champêtre avec des chefs invités qui ont cuisiné dans les champs.

« Un casse-tête sur le plan de la logistique, mais un beau succès, avec une centaine de participants. Mon objectif, c’est de créer des événements pour faire vivre des expériences à la ferme. »

Son père l’appuie à fond dans ses projets de développement. « Je suis la cause de quelques-uns de ses cheveux gris, mais il ne se plaint pas. Pour lui, ce qui est important, c’est que je l’aime, ma ferme ! »