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Gare à l’électronique de contrefaçon

Stéphane Sinclair - Le Journal de Montréal

Stéphane Sinclair

L’électronique de contrefaçon fabriquée en Asie abonde dans les marchés aux puces, s’inquiètent des experts qui mettent les consommateurs en garde sur sa dangerosité.

Des imitations d’écouteurs de marque Beats pour 35 $, de boîtes de son JBL cinq fois moins chères ; c’est ce que, par exemple, Le Journal a pu trouver au Marché aux puces de Saint-Eustache en août dernier.

« Le meilleur deal, c’est celui-ci : tu as 1000 jeux dans la console. Je les vends 100 $ chacune », lance un des nombreux commerçants rencontrés, et qui, comme tous les autres, n’a pas voulu s’identifier par peur de représailles.

Les produits de contrefaçon trouvés au marché aux puces sont légion et reconnaissables par le manque de qualité des matériaux, les autocollants représentant une marque connue apposés dessus, la mauvaise qualité du son ou par le prix ridiculement bas.

Un homme de 70 ans a affirmé au Journal s’être mis à la vente de ces produits parce que sa pension n’est pas suffisante. Il les commande sur internet à bas prix et les vend en faisant un profit qui varie de 10 $ à 30 $ par boîte.

Facile à commander

« Ça vient de Chine. C’est facile d’en trouver et de commander », explique l’homme. Ce dernier vend aussi de vraies consoles de jeux vidéo, mais les rabais sont manifestement dans les produits de contrefaçon, qui se vendent en plus grand nombre.

Une console Nintendo NES originale avec 30 jeux inclus dont la série Mario Bros. se vend 80 $ à son commerce, mais l’imitation chinoise, qui comprend 700 jeux, se détaille à 50 $.

Une maman rencontrée au marché, qui en a profité pour se procurer des jeux moins coûteux pour occuper ses enfants, ne fait pas de cas de la provenance de ses achats.

« Ça coûte moins cher, c’est le fun. Les enfants ont du plaisir », dit Kathy Constantineau.

Illégal et dangereux

Une spécialiste des jeux vidéo et ancienne développeuse de jeux explique que non seulement le produit est illégal, mais il peut être dangereux.

« Ce sont des copies de consoles et de jeux. L’industrie de la contrefaçon n’est pas réglementée. Vous ne savez pas si la console ne va pas prendre en feu. C’est totalement illégal, mais pire, c’est dangereux ! » avertit Geneviève Leblanc, copropriétaire de La Planque Jeux Vidéo à Québec.

Un expert du son met en garde les gens contre les écouteurs contrefaits.

« Ça peut affecter l’ouïe des utilisateurs. Ce ne sont surtout pas des produits de qualité. De toute façon, ça ne va pas passer l’épreuve du temps », explique Michel Tremblay, partenaire chez KébecSon depuis 1988.

Option consommateur met aussi en garde les gens contre ces fraudes.

« On ne sait pas si le produit ne sera pas dangereux. En cas d’incendie, le consommateur n’aura aucun recours parce qu’il sera beaucoup trop difficile de retrouver le fabricant quelque part en Chine », explique Élise Thériault, avocate pour l’organisme, dont la mission est de protéger les intérêts des consommateurs.

Le Journal de Montréal a essayé de joindre les compagnies Sony, Nintendo, Sega et Harman (JBL) sans succès.

Produits contrefaits au marché aux puces

Quelques-uns des produits contrefaits que Le Journal a comparé avec les originaux. Le prix régulier est basé sur celui proposé au marché et peut donc varier. Les noms des copies ressemblent parfois à s’y méprendre aux originaux, comme le haut-parleur Booms Box (au lieu de Boombox) de JBL ci-dessous.

Écouteurs JBL

Prix régulier 150 $

Prix affiché 40 $

Écouteurs Beats

Prix régulier 180 $

Prix affiché 35 $

BoomBox JBL

Prix régulier 500 $

Prix affiché 100 $

Consoles Nintendo et Super Nintendo

Prix régulier 75 $ (30 jeux)

Prix affiché 50 $ à 75 $ (600 à 800 jeux)

Le autorités se disent impuissantes

La GRC se dit impuissante parce que les compagnies visées par la contrefaçon ne disent rien et que le corps policier a d’autres priorités.

« Il faut qu’il y ait une plainte, sinon nous travaillons sur ce qui affecte vraiment les gens. Par exemple, la contrefaçon de médicaments ou la fraude », explique Camille Habel de la GRC.

Elle mentionne que ce ne sont pas vraiment les gens qui achètent ces produits qui pourraient écoper, mais plutôt les distributeurs s’il y a des plaintes des fabricants.

« Nos priorités vont aller, par exemple, vers des produits qui causeraient des incendies », soulève-t-elle.

Il est illégal de vendre des produits de contrefaçon, mais la loi prévoit de punir les vendeurs et non les acquéreurs.

Pas les moyens

Option consommateur met en garde les acheteurs, mais n’a pas les moyens d’enquêter sur les différents articles de contrefaçon.

« Nous sommes un organisme à but non lucratif. Nous aimerions en avoir les moyens, mais la réalité est tout autre », se désole Élise Thériault.

L’Office de la protection du consommateur n’a pas de données sur le phénomène puisque la majorité des gens savent qu’ils n’achètent pas un produit légal. Ils ne se plaignent donc pas pour les problèmes de fiabilité.

Santé Canada n’a pas répertorié d’incidents liés à des écouteurs ou à autres produits de contrefaçon du genre.

L’Organisation de coopération et de développement économiques évaluait le marché de la contrefaçon au printemps 2019 à 675 G$.

Cela représente 3,3 % du commerce mondial.