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Un père a dénoncé l’homme qui l’a abusé il y a 25 ans

Claudia Berthiaume | Journal de Québec

François Robert espère que la dénonciation publique des gestes dont il a été victime lorsqu’il était adolescent évitera à d’autres de subir le même sort.

Claudia Berthiaume

François Robert espère que la dénonciation publique des gestes dont il a été victime lorsqu’il était adolescent évitera à d’autres de subir le même sort.

Un père de famille espère que le fait d’avoir dénoncé l’ex-instructeur de conduite et coach de hockey qui a fait des attouchements sexuels à sept adolescents dans les années 1980-1990 permettra de protéger d’autres jeunes des mêmes dangers.

«Il n’y a pas une sentence qui peut changer quoi que ce soit. Mon adolescence, elle est perdue, tant qu’à moi. [...] Je cherche un moyen de protéger un de mes enfants ou le petit voisin des mêmes dangers», a expliqué François Robert à la juge Marie-Chantal Doucet.

L’homme de 38 ans a témoigné mardi dans le cadre des représentations sur la peine d’André Thibeault, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield.

Il a demandé à la magistrate de lever l’interdiction de révéler son identité pour dénoncer à visage découvert les gestes dont il a été victime dans les années 1990.

«Deuxième père»

Entre l’âge de 14 et 17 ans, M. Robert a été la cible d’attouchements sexuels – masturbation et fellation – de la part d’André Thibeault, qui était un membre de sa famille élargie.

«Je le voyais régulièrement la fin de semaine. Ça s’est fait tranquillement. La confiance a grandi de jour en jour. C’était comme mon deuxième père. La première fois, je ne savais même pas ce qu’il faisait», a-t-il confié au Journal après l’audience.

Les attouchements ont parfois eu lieu dans la piscine, parfois au sous-sol de sa résidence.

«Il voulait que je le touche aussi, mais je n’ai jamais voulu», a précisé celui qui était alors adolescent.

M. Robert a dévoilé la situation à ses parents à l’époque, et ceux-ci ont confronté Thibeault. Le jeune homme a par la suite reçu une lettre d’excuses, que sa mère a conservée jusqu’à ce qu’il décide de porter plainte en 2018.

«S’il y a un jeune qui n’ose pas parler à la police, il peut m’en parler à moi. Ma guérison est faite», a souligné M. Robert, invitant toute autre victime potentielle à se manifester.

La médiatisation de sa dénonciation a finalement incité d’autres jeunes hommes à faire de même. André Thibeault a fait sept victimes au total, principalement des adolescents envers qui il se trouvait en position d’autorité.

C’est que dans les années 1980-1990, l’abuseur a été entraîneur de hockey et moniteur de conduite en Montérégie.

Becs dans le vestiaire

Il profitait de sa position de confiance pour embrasser des joueurs sur la bouche dans le vestiaire, leur faire des attouchements lors de fêtes ou encore des fellations dans un véhicule.

«Les parents inscrivent leurs enfants à des activités culturelles et sportives. Il y a des bénévoles qui s’en occupent et les parents mettent leur confiance en eux. On s’attend à ce que cette confiance ne soit pas ébranlée», a insisté mardi la juge Doucet.

Dans la dernière année, André Thibeault a plaidé coupable à plusieurs chefs d’agression sexuelle, de voies de fait, de contacts et d’incitation à des contacts sexuels alors qu’il était en position d’autorité.

Mardi, l’homme de 69 ans a été condamné à 33 mois de détention, à la suggestion de Me Kim Émond, de la Couronne, et Me Jean-François Benoît, de la défense.

Compte tenu de la détention préventive, il ne lui reste que deux ans à purger.

En quittant le pénitencier, il sera soumis à une probation de deux autres années, pendant lesquelles il devra suivre toute thérapie sexuelle jugée nécessaire.

Il en a déjà suivi une après la confrontation des parents de François Robert.

«Je veux encore demander pardon. C’est sûr que la thérapie m’a aidé, ça m’a sauvé la vie», a-t-il laissé tomber mardi.

Thibeault sera également inscrit à vie au registre des délinquants sexuels.

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