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Scheer victime de la laïcité

Antoine Robitaille | Agence QMI

Une des causes du mauvais résultat du conservateur Andrew Scheer au Québec, c’est, selon moi... la laïcité.

Quand on parle de ce thème, en raison de la loi 21 qui a officialisé le principe, on pense toujours à l’interdiction du port des signes religieux, surtout le voile. Certains soutiennent même que la laïcité à la québécoise est anti-musulmane.

Il y a peut-être de cela chez certains: la laïcité servant à masquer un rejet xénophobe.

Mais les malheurs de Scheer au Québec démontrent que la volonté plus générale de laïcité de nombreux Québécois ne peut être assimilée à cette dérive.

Efforts

Andrew Scheer avait de vraies chances au Québec et a réellement travaillé à les saisir.

- Il a promis encore et encore qu’un gouvernement Scheer ne se joindrait pas à une contestation de la loi 21.

- Il a promis de respecter toutes les compétences du Québec et était prêt à répondre favorablement à presque toutes les demandes de François Legault.

- Il a déclaré son amour à la langue française dans un discours bien senti.

Or, lundi, le PC a quand même perdu deux sièges au Québec et plusieurs points de pourcentage d’appui.

Le facteur religieux

Un des facteurs centraux de cette déconvenue, selon moi: la religion.

Dès le début de la campagne, le chef conservateur s’est retrouvé sur la défensive en rapport avec la question de l’avortement.

Il a eu beau répéter et répéter encore qu’il ne rouvrirait pas ce débat, rien n’y fit.

Tout ce qu’une bonne partie des Québécois retenaient? Sa position «pro-vie» découlant de ses convictions religieuses.

Les candidats conservateurs me racontaient en avoir marre de se faire constamment parler d'avortement dans le porte-à-porte.

En plus, comme il se doit, les médias rappelaient certains faits: par exemple que Scheer avait déjà organisé au parlement fédéral un souper avec le vicaire de l'Opus Dei au Canada. Il a aussi été révélé qu’une de ses candidates militait dans cette même organisation occulte.

Comment notre caricaturiste Ygrek dépeint-il Scheer? Avec soutane et collet romain. Sur les médias sociaux, le chef conservateur, pendant la campagne, avait droit à des commentaires du type : «Les grenouilles de bénitier, non merci!»

S’il était musulman, certains y auraient peut-être même vu de l’islamophobie?

Que ce soit justifié ou non, une bonne partie des Québécois a développé un rapport particulier aux religions en général.

D’inspiration républicaine, ce rapport est empreint de méfiance, souvent même de mépris à l’égard de l’expérience religieuse; et surtout, d’hostilité face à d’éventuels effets sur la politique, la vie commune.

Ce rapport au religieux est différent de celui qui domine ailleurs en Amérique du Nord.

Il provient d’une certaine oppression vécue réellement (parfois exagérée?), avant la Révolution tranquille. Se sont greffés à cette mouvance plusieurs nouveaux Québécois maghrébins - pensons à Djemila Benhabib.

Tout parti ayant un chef aux convictions religieuses, même personnelles, ne s'aide pas au Québec.