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Le gouvernement continue d’imposer le brûlage à ciel ouvert dans le nord du Québec

Daphnée Hacker-B. et Jean Balthazard | Agence QMI

Les ordures sont brûlées à ciel ouvert chaque semaine dans les 14 villages les plus au nord du Québec. Le gouvernement ne compte pas cesser de sitôt cette pratique digne d’un pays du tiers-monde et qui intoxique les habitants de la région.

«Quand le vent pousse la fumée du dépotoir vers le village, on a de la difficulté à respirer», lance Adamie Delisle Alaku, résident du village de Kuujjuaq, où l'équipe de Tabloïd était récemment de passage.

Les 14 communautés du Nunavik, la région qui forme le Grand Nord québécois, ne possèdent aucune infrastructure pour gérer leurs déchets et il est impossible de les enfouir, car le sol est gelé en permanence. Dans la majorité de la province, le brûlage d’ordures est interdit, mais il y a une exception à la loi pour les dépotoirs du Nunavik.

Risques pour la santé

Pour éviter une trop grande accumulation d’ordures, le gouvernement exige aux 14 municipalités de les brûler une fois par semaine. À Kuujjuaq, l’épais nuage de fumée nauséabonde poussé par le vent atteint souvent le village, situé à 3,5 km du dépotoir.

Des substances toxiques, comme les dioxines et les furanes, se propagent dans l’air ambiant et restent au sol, indique le biologiste et directeur d’un rapport sur la gestion des déchets en milieu nordique, Claude Villeneuve. Ces toxines, qui sont nocives pour l'environnement, peuvent provoquer le développement de certains types de cancers et avoir des effets sur le système nerveux et immunitaire, peut-on lire dans le rapport de 2017 commandé par le ministère de l’Environnement.

«On se sent vraiment traités comme des citoyens de seconde zone, c’est honteux», commente Christopher Murovic, un jeune Inuit.

 

Pas de gros changements en vue

«Je suis très conscient de ce qui se passe au Nunavik et je veux améliorer les conditions de vie des habitants, et le ministre de l’Environnement a le même désir», assure Denis Lamothe, député d’Ungava, la circonscription qui englobe le Grand Nord du Québec. M. Lamothe ne peut toutefois pas garantir combien de temps sera nécessaire pour arrêter complètement de brûler des ordures à ciel ouvert.

Au cabinet du ministre de l’Environnement, Benoît Charrette, on indique par courriel «qu’il est important pour le gouvernement de favoriser les actions qui permettront d’assurer un retour à la conformité environnementale dans la région».

L'envoi de déchets par bateau vers le sud pourrait être une solution au brûlage à ciel ouvert, mais les coûts de transport sont élevés. Au dernier budget provincial, 5 millions $ ont été accordés au Nunavik afin d’aider les villages à se débarrasser de barils de produits dangereux et à mettre en place de meilleurs systèmes de gestion des matières résiduelles. Malgré tout, le gouvernement maintiendra le brûlage à ciel ouvert de certains déchets.

4200 $

C’est le prix à payer pour remplir un seul conteneur de matériaux réutilisables et l’envoyer par bateau du nord au sud de la province. Un conteneur a une capacité de 14 000 kg, ce qui équivaut à un camion à ordures et demi.

Une culture forte de réutilisation: place au «recyclage citoyen»

Étant donné que la majorité des biens de consommation qui montent dans le Nord y restent, les citoyens du Nunavik tentent de revaloriser au maximum leurs déchets. Plusieurs se rendent ainsi chaque semaine au dépotoir de Kuujjuaq, qu’ils ont surnommé «le Canadian Tire» du village, à la recherche de pièces qu’ils utilisent pour réparer des appareils brisés.

«Les ordures d’une personne sont les trésors d’une autre», résume Bryan David, un jeune homme qui visite plusieurs fois par mois le site. Celui qui a la mi-vingtaine croit même que les gens au sud du Québec auraient des leçons à tirer de leur culture de réutilisation.