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«Nous ne sommes pas prêts pour la saison de la grippe» : des médecins sonnent l'alarme

TVA Nouvelles

Plusieurs spécialistes en médecine d’urgence lancent un avertissement à l’arrivée de la saison de la grippe et considèrent que les équipes sur le terrain ne sont pas prêtes à faire face à l’éclosion de l’influenza.

«À travers le Québec, tout le monde nous dit les équipes sont plus fatiguées qu'à l'habitude, qu’il manque de lits, qu’il y a plus de patients admis qui restent aux urgences et que les taux d'occupation sont supérieurs aux années précédentes» explique le Dr. Gilbert Boucher, de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, en entrevue à TVA Nouvelles.

À peine deux semaines après que les premiers cas de grippes aient été rapportés, les urgences au Québec sont engorgées environ à 120%, selon le Dr. Boucher. À pareille date en 2018, ce taux avoisinait plutôt les 100%.

Le Dr. Boucher craint que la situation mette des patients en danger et envoie un message clair au gouvernement.

«On a peur d'être seulement en réaction à l'entrée dans la saison grippale. On aimerait être pro-actifs et on veut que les choses soient faites différemment», dit-il à la caméra de TVA Nouvelles.

Un engorgement non justifié

Le Dr. Boucher explique que l’une des problématiques demeure la disponibilité des lits aux urgences. Selon lui, plusieurs patients occupent des lits alors qu’ils ne devraient pas s’y trouver, tandis que bon nombre de patients attendent un lit sur civière.

«Les patients attendent déjà plus que requis. Si la grippe vient s'ajouter, on a peur d'avoir de la misère à servir la population» explique-t-il.

En 2017, le Québec a connu une saison grippale exceptionnelle, où les urgences débordaient et où plusieurs décès ont été recensés.

Le Dr. Boucher craint pour le pire en cette nouvelle saison grippale qui a commencée avec quelques semaines d'avance.

«Depuis les 4-5 derniers mois, tous nos membres nous disent que les urgences sont pleines. On trouve ça très difficile d'avoir les patients qui attendent sur les civières, dans les corridors» ajoute-t-il.

Des solutions à venir

En réponse à ce reportage, la ministre de la Santé, Danielle McCann, assure que la situation des urgences s’est améliorée au cours de la dernière année, passant d’un taux d’occupation de 104% en octobre 2018, à 98% à pareille date en 2019.

En revanche, la ministre affirme que la situation est critique pour une trentaine d’urgences au Québec.

Deux solutions seront mises en place par Québec dans les prochains mois, soient le retour des «Cliniques d’hiver» et l’achat de 800 lits supplémentaires. Le ministère souhaite mettre à disposition des patients des places en hébergement, que ce soit en CHSLD privé, en ressources intermédiaires ou dans les ressources pour personnes autonomes.

Cette solution va en continuité avec l’achat de 900 lits en mars dernier, pour tenter de désengorger les urgences plus problématiques de la province.

À cela s’ajoute la réouverture des «cliniques d’hiver».

«On ne veut pas que les gens aillent à l’urgence en cas de condition mineure, mais plutôt dans une clinique d’hiver» explique Danielle McCann.

Dans le jargon médical, les cas «P4-P5», qui réfèrent à des cas mineurs, ont bien été réorientés l’année dernière grâce à ce programme ministériel, d’après le Dr. Boucher.

Toutefois, des patients aux cas plus lourds ont tout de même besoin de plus de services, a-t-il ajouté.

La prévention fait partie de la solution

«Notre vaccin est efficace et il faut dire à la population d’aller se faire vacciner», affirme Danielle McCann.

La ministre réitère que plusieurs groupes de personnes plus à risque doivent impérativement se faire vacciner, comme les personnes atteintes de maladies chroniques.

«Je dis à ces personnes là : ''Allez vous faire vacciner. Allez dans les CLSC, ou même dans les pharmacies où les vaccins sont administrés par des infirmières''» lance Mme McCann.

Cette dernière a tenu à rappeler que la vaccination est gratuite pour les personnes âgées de plus de 60 ans ainsi que pour les enfants âgés entre 6 et 23 mois.

-Avec les informations de François Cormier