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Reposer en paix dans une capsule

Étienne Paré | Agence QMI

 Être enterré ou incinéré? Plusieurs évitent de se poser la question, mais à la fin, personne ne s'en défiera. Le commun des mortels pourrait au moins bientôt avoir un troisième choix, peut-être moins déprimant: être encapsulé afin d’éviter de dépérir. 

 Après avoir été embaumés et placés dans une capsule transparente, vos proches pourraient ainsi toujours venir vous voir, même des décennies après votre dernier souffle. 

 Ce scénario peut sembler tiré de la science-fiction ou d’une légende urbaine sur le dessinateur Walt Disney, mais il est en voie de devenir réalité. En marge du Salon de la mort cette fin de semaine à Montréal, la compagnie québécoise Pyramidestal avait même bon espoir d’y trouver des entreprises de pompes funèbres prêtes à commercialiser son produit. 

 «Beaucoup de salons sont fervents de notre idée. D’ici aux Fêtes, ça devrait être distribué. On a déjà toutes les autorisations légales», s’est réjoui Jean-Philippe Béliveau, directeur de l’exploitation chez Pyramidestal, qui estime à 15 000 $ le prix d’une capsule sur le marché. 

 Une prouesse scientifique 

 L’entreprise de Granby a commencé à travailler sur ce projet il y a environ dix ans, mais les choses se sont accélérées dans la dernière année. Un premier test a été effectué avec deux dépouilles de cochons. Six mois plus tard, les porcs étaient toujours bien roses, sans la moindre trace de décomposition sur leur corps. 

 «On fait un vide d’air dans la capsule, on ajoute un gaz. Dans le fond de la capsule, il y a aussi un absorbeur biologique qui prend tout le liquide du corps. Bref, c’est un processus d’assèchement, qui peut faire penser à la momification, sans les bandages», a résumé Jean-Philippe Béliveau, qui compare aussi les corps encapsulés à des raisins dont la taille se rétrécit après quelques jours, mais qui ont toujours l’apparence d’un fruit. 

 Un projet écolo 

 Dans les plans de Pyramidestal, les capsules ne reposeraient pas six pieds sous terre, mais seraient plutôt conservées au salon funéraire. Les amis et la famille pourraient ainsi toujours venir voir le corps sur demande. Évidemment, ils n’auraient pas la possibilité de toucher le défunt: la capsule doit être scellée, conformément aux règles. 

 Pyramidestal souhaite que les dépouilles ne soient mises en terre que plusieurs dizaines d’années après le début du processus de «momification». 

 «Un corps que tu enterres [quelques semaines après la mort] pollue beaucoup la nappe phréatique. Quand on brûle un corps, c’est aussi extrêmement polluant. Pour une seule personne, c’est quasiment faire un aller-retour en voiture à Vancouver deux fois», a renchéri Jean-Philippe Béliveau. 

 Son initiative est d’ailleurs née d’un souci écologique. Au départ, l’objectif n’était pas du tout de permettre aux endeuillés de revoir un défunt. Les premiers prototypes étaient même opaques. C’est à cause de la demande du public que les capsules ont été conçues afin que l’on puisse voir à travers. 

 Une industrie en transformation 

 Il faut dire qu’on remarque un effet «Greta Thunberg» sur l’industrie funéraire au Québec. Cette année, au Salon de la mort, les cimetières écologiques, les cercueils de bambou et autres urnes biodégradables étaient à l’honneur. 

 Au Complexe funéraire Le Sieur de Granby, la demande pour l’aquamation - un processus de décomposition des corps par l’eau, beaucoup plus écolo que la crémation - a triplé depuis quatre ans. 

 «Malheureusement, on est l’un des deux seuls salons qui l’offrent au Québec. Les démarches auprès du gouvernement sont beaucoup trop longues et beaucoup se découragent en cours de route», a expliqué le dirigeant de l’entreprise familiale, Éric Le Sieur. 

 La cofondatrice du Salon de la mort, Phoudsady Vanny, reconnaît que le Québec est en retard quand il est question de réduire l’empreinte environnementale de ceux qui nous ont quittés. Elle est cependant convaincue que son événement, qui en était à sa deuxième année, fait avancer les choses, mais interpelle directement les gens pour que le mouvement s’accélère. 

 «On essaie de ne pas polluer pendant notre vie, mais ce n’est pas cohérent si c'est pour polluer pendant notre mort. Si on voit aujourd’hui des produits biologiques dans les épiceries et des voitures électriques sur les routes, c’est parce que le public l’a demandé», a-t-elle plaidé.