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Des travailleurs étrangers face à la machine gouvernementale

Jean-François Tremblay | TVA Nouvelles

Pas toujours facile d’affronter la machine gouvernementale pour un travailleur étranger. Un exemple frappant est vécu à l’entreprise Coupesag de Saguenay, où quatre soudeurs en provenance de la Tunisie travaillent depuis janvier dernier.

«Chicoutimi, c'est bon», affirme, avec le sourire, Ezzidine Nnari. Après 10 mois, ce père de 39 ans voudrait faire venir au Saguenay sa femme et ses trois enfants, un couple de jumeaux âgé de trois ans et une fille de 16 ans.

«Amener ma femme ici dans un endroit comme Chicoutimi et Saguenay, c'est mieux pour moi», estime le soudeur tunisien.

Sa conjointe aurait un emploi de couturière à Saguenay. Mais, Ezzidine Nnari et son employeur doivent affronter la machine gouvernementale.

«Toutes les choses qu'on peut les accompagner, on le fait, mais on est sans cesse bloqués à des systèmes qui ne s'adaptent pas à la réalité», témoigne la coordonnatrice en ressources humaines chez Coupesag, Noémie Morin.

Le directeur financier de l’entreprise, Nicolas Pelletier, abonde dans le même sens. «Ça n'avance pas vite. Tout est lourd. Tout est long. Tout est complexe. Et nous sommes une seule entreprise dans tous ces ministères. On ne peut pas faire avancer les choses tant que ça.»

Parmi les critères exigés par les divers ministères fédéraux et provinciaux, Ezzidine Nnari doit prouver sa capacité financière à faire vivre sa famille, ce qui n'est pas simple.

«Ces travailleurs arrivent ici sans argent dans leurs poches. C’est difficile pour eux de faire des économies, car ils doivent envoyer de l'argent dans leur pays à leur famille», a indiqué le vice-président de Zonéo Monde, Séreyath Srin, une entreprise spécialisée dans les questions d’immigration d’affaires et recrutée par Coupesag dans ce dossier.

Tout le monde autour des travailleurs tunisiens a la même impression après des mois de démarches compliquées par des mesures administratives. «Après 11 mois, quelqu'un qui a des enfants et une femme, c'est le temps que ces gens-là soient capables de faire venir leur femme et leur famille. C'est compréhensible», évalue Nicolas Pelletier.

Les soudeurs sont rares. Incapable d'en trouver au Québec, Coupesag a reçu 1000 curriculum vitae en Tunisie pour faire ces quatre embauches. Les dénicher, les accueillir et les former a coûté 10 000 $ par soudeur.

L’entreprise a peur maintenant de perdre ceux qui ont une femme et des enfants. «S'ils ne peuvent pas faire venir femme et enfants, ils vont retourner dans leur pays», craint M. Pelletier.

Même suivre un cours de français est compliqué. Les horaires de travail et d'école sont en conflit, en même temps.

«La commission scolaire (des Rives-du-Saguenay) refuse, explique Noémie Morin. Ce n'est pas adapté aux travailleurs. C'est inimaginable.»

Si sa femme peut venir ici, Ezzidine Nnari va demander son statut de résident permanent, des démarches qui peuvent prendre jusqu'à un an. Étant donné qu’il est ici depuis 10 mois et qu’en débarquant au Saguenay, son visa de travail était valide pour deux ans, le temps presse pour tout mettre en place.