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La Ville de Québec renonce au développement des terres agricoles de Beauport...pour l’instant

Jean-Luc Lavallée | Agence QMI

Stevens Leblanc

La Ville de Québec entend se conformer à la décision du ministère des Affaires municipales. Elle renonce à inclure les terres agricoles de Beauport dans la prochaine mouture de son schéma d’aménagement.

La Ville espère toujours développer les terres des Sœurs de la Charité à «long terme» mais elle fait un pas de recul et met sur la glace sa demande, afin de favoriser l’adoption rapide du Schéma d’aménagement et de développement (SAD) de l’agglomération de Québec, rejeté une nouvelle fois, mardi, par le gouvernement Legault.

La vice-présidente du comité exécutif, Marie-Josée Savard a confirmé, mercredi, son intention de soumettre une nouvelle demande, en décembre, au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), en excluant les terres agricoles.

«On va y aller selon les recommandations du MAMH et on va retirer ce qu’ils nous ont demandé pour le redéposer rapidement. Le schéma d’aménagement, c’est aussi un outil essentiel pour nous pour relancer tout le plan d’urbanisme. On met beaucoup d’emphase sur les terres agricoles, mais il ne faut pas oublier que le schéma, c’est beaucoup d’autres choses», a-t-elle déclaré.

Mme Savard s’est montrée sensible au sort des citoyens qui vivent dans une zone inondable et ceux qui attendent depuis plusieurs années l’adoption du nouveau schéma pour réaliser leur projet de construction ou de rénovation. Elle espère transmettre sa demande au MAMH avant les Fêtes et souhaite une adoption rapide, bien avant la fin du délai maximal de 120 jours.

Le feu vert de la CPTAQ exigé

Le MAMH a également imposé un nouveau fardeau à la Ville pour le développement futur des terres agricoles. Dorénavant, elle devra obtenir l’autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) avant de formuler une nouvelle demande au ministère pour inclure des terres agricoles dans son périmètre d’urbanisation.

«Habituellement, on fait l’inverse mais on nous demande maintenant d’aller chercher l’avis de la CPTAQ et ensuite de faire une démarche auprès du MAMH», a révélé Mme Savard, citant la correspondance du ministère reçue la veille, laquelle n’a toujours pas été rendue publique.

Quand prévoit-on faire une demande à la CPTAQ pour les terres de Beauport? Nul ne le sait à l’heure actuelle. «Monsieur (Michel) Dallaire, c’est un promoteur privé. Le maire l’a bien dit : on souhaitait un projet exemplaire si les terres des Sœurs de la Charité avaient été incluses dans le périmètre, mais c’est vraiment un projet qui appartient à un privé donc pour la suite des choses, je ne peux pas vous répondre.» Au moment d’écrire ces lignes, il n’avait pas été possible de joindre Michel Dallaire pour obtenir sa réaction.

Rousseau interpelle Dallaire

Ardent défenseur des terres agricoles, le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, s’est quant à lui réjoui de la décision du gouvernement Legault. Il s’agit d’une «victoire» pour tous ceux qui se battent depuis des années pour les préserver, a-t-il réagi.

Sachant que la bataille n’est pas terminée et que le maire ambitionne toujours de développer les terres, M. Rousseau se questionne ouvertement sur la proximité «inquiétante» du maire avec Michel Dallaire. «On dirait que le maire est devenu le promoteur du promoteur Michel Dallaire», a-t-il lâché en mêlée de presse.

«J’en appelle à Michel Dallaire. Monsieur Dallaire est quelqu’un qui fait la promotion de causes sociales. Il a à cœur l’avenir des jeunes. Je crois qu’il pourrait montrer l’exemple en ayant à cœur l’avenir de la planète et l’avenir que Québec peut jouer dans la lutte aux changements climatiques.»

Le maire Juneau déçu

Le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, Sylvain Juneau, a quant à lui exprimé sa déception puisque le ministère des Affaires municipales a également refusé le dézonage à court terme de deux zones agricoles pour du développement résidentiel. Ces zones totalisent 147 hectares.

Sylvain Juneau envisage néanmoins de s’adresser à la CPTAQ pour le dézonage de deux bandes afin d’aménager deux routes qui traverseraient ces terres, notamment celles en face de l’hôtel de ville, afin de désengorger la 138 aux heures de pointe. «Le trafic à Saint-Augustin, c’est un problème. On a tout le comté de Portneuf et le nord qui passent à travers Saint-Augustin à tous les matins, sans compter nos propres résidents.»

Les sœurs n’abandonnent pas

Les Sœurs de la Charité ont «pris acte» de la décision du gouvernement, mais elles ne considèrent pas qu’il s’agit d’un «refus catégorique à tout jamais», a réagi leur porte-parole, l’avocat Jean M. Gagné.

«C’est sûr que ça entraîne des délais additionnels, sans doute, mais en même temps, une opportunité est créée pour qu’on continue à travailler sur le concept de développement de ces terres-là. Nous, on veut assurer un développement harmonieux dans un contexte d’acceptabilité sociale et on va répondre aux appels de travailler ensemble. Il ne faut pas oublier que c’est un projet de nature philanthropique», a indiqué M. Gagné, rappelant que les profits seraient versés à des œuvres caritatives.

Le Groupe Dallaire, par ailleurs, n’est pas propriétaire des terres, a-t-il tenu à préciser. Les Sœurs de la Charité ont créé, il y a plusieurs années, une société en commandite en partenariat avec la Fondation Famille Jules-Dallaire et les deux entités «demeurent propriétaires des terres».