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Soulagement et inquiétude sur les campus

TVA Nouvelles

 La volte-face du gouvernement Legault sur la réforme de l’immigration a donné un certain réconfort à court terme aux étudiants étrangers. Cependant, les directions des différents campus continuent de s’inquiéter.  

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Des diplômés comme Yan Gonthier sont menacés par la réforme. S’il a grandi à l'île de la Réunion, celui qui est venu étudier au cégep il y a 13 ans se considère maintenant comme fier Matanais.  

«On va faire quoi avec les cégeps d’ici? L’économie va rouler comment? C’est une décision qui me coupe les jambes», tonne ce dernier.  

Près de la moitié des 800 étudiants du cégep viennent d'un pays étranger. Sans eux, plusieurs programmes risquent de disparaitre, selon la direction.  

«La survie de l'institution, peut-être pas. Mais la survie des programmes, oui, assurément. Au-delà des quatre programmes qui sont menacés, c’est l’ensemble du recrutement fait en France qui va écoper», explique Pierre Bédard, directeur général du Cégep de Matane. 

Difficultés de recrutement 

 

 

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est l’une des meilleures cartes que les universités peuvent jouer pour recruter à l’étranger. 

«C’est souvent l’une des raisons qui va convaincre l’étudiant ou l’étudiante de venir au Québec quand il y a une différence entre différentes universités de différentes provinces», a assuré Sandrine Desforges, secrétaire générale de la fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal. 

Pas moins de 6000 étudiants internationaux étudient à l'UdeM. Sur les 600 qui étudient dans un domaine ciblé par le gouvernement, Mme Desforges se demandent combien resteront cantonnés dans ce domaine sur le marché du travail. 

La même ambiance morose règne à l'Université du Québec à Chicoutimi.  

Ysé Raoux, venue de France, complète sa maîtrise en arts visuels. Les arts ne figurent pas dans la liste des domaines qui seront acceptés à l'avenir. Pourtant, l'étudiante reçoit déjà des offres d'emploi.  

«Moi, je me vois offrir des postes dans le graphisme, dans la communication, dans le secteur culturel. Mais je veux dire, si moi, j'en ai, ça veut dire que d'autres en ont aussi. Je trouve qu'au niveau de l'éthique, cette réforme est quand même très discutable», résume Ysé Raoux.  

«D'un côté, on a un gouvernement qui nous pousse à faire du recrutement international. De l'autre côté, on nous enlève une carte de recrutement qui est très intéressante», plaide Marie Karlynn-Laflamme, directrice des affaires publiques de l’UQAC.  

Du côté de l'Université de Sherbrooke, 9% des étudiants sont étrangers. Combien en restera-t-il dans le futur? s'inquiète Houssemeddine Fraj, doctorant en éducation.  

«Si on regarde la vision à long terme, il faut vraiment travailler mieux avec le gouvernement», dit-il. 

Sandrine Desforges a également rappelé qu’une mesure adoptée par le gouvernement québécois il y a un peu plus d’un an augmentait les frais de scolarité pour les étudiants internationaux, jusqu’à 12 000 % par session, et parfois plus. Ce montant est au moins huit fois plus élevé que pour un étudiant qui a grandi dans la province. 

«Nous avons une mesure qui demande aux universités d’aller recruter davantage à l’international et une autre mesure, mise en place un an plus tard, qui vient limiter l’attraction pour les universités. C’est un non-sens.» 

«Il y a plein d'étudiants qui sont extrêmement soulagés, ce matin. Toutefois, dans un contexte où on sait que, dans les universités québécoises, on fait un excellent accueil pour les étudiants internationaux, la province a un besoin marquant de main-d'oeuvre qualifiée, on se serait peut-être attendu à une plus grande ouverture encore pour les domaines priorisés», ajoute Jean-François Hinse, un porte-parole de l’Université du Québec à Trois-Rivières. 

La plupart des universités comptent autour de 10% d'étudiants étrangers. En accordant un droit acquis aux étudiants et travailleurs étrangers temporaires déjà au Québec, le gouvernement rassure leurs craintes à court terme. Mais, on le voit, les cégeps et universités s'inquiètent toujours des conséquences à long terme.

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