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Le producteur des «Dragons» en difficulté financière

Sylvain Larocque | Le Journal de Montréal

«Tous les employés sont payés, les bonis ont été versés», insiste le président fondateur d’Attraction Média, Richard Speer.

«Tous les employés sont payés, les bonis ont été versés», insiste le président fondateur d’Attraction Média, Richard Speer.

L’un des plus importants producteurs d’émissions de télé au Québec, Attraction Média, fait face à des problèmes financiers qui l’obligent à négocier avec ses créanciers, dont Investissement Québec (IQ) et le Fonds de solidarité FTQ.

L’entreprise fondée par Richard Speer, en 2002, est incapable de débourser les 2,3 M$ qu’elle doit aux anciens propriétaires de l’éditeur de sites internet Fan-O-Web. À la fin de 2016, Attraction Média avait accepté de payer 12,9 M$ pour Fan-O-Web, mais n’a versé que 10,6 M$ jusqu’ici.

« On pense qu’on a été assez patients », laisse tomber Francis Allard, l’un des ex-actionnaires de Fan-O-Web, qui vient d’envoyer une mise en demeure à Attraction.

En entrevue au Journal, M. Speer reconnaît que l’achat de Fan-O-Web ainsi que la baisse des revenus dans le secteur de la télévision ont fragilisé Attraction Média.

« On essaie de négocier à l’amiable [avec les anciens propriétaires de Fan-O-Web], de trouver une solution qui ne mettra pas l’entreprise en péril », affirme-t-il.

Selon lui, la décision de Facebook de modifier ses algorithmes dans la foulée du phénomène des « fausses nouvelles » a eu pour effet de « détruire le modèle de la publication en ligne ».

Résultat : les profits de Fan-O-Web ont dégringolé de plus de 90 %.

Quelques erreurs

Attraction a aussi frappé un mur avec une autre acquisition, CMJ Productions II, qui se spécialise notamment dans les émissions de télé destinées au marché américain.

« Certains diffuseurs ont cessé d’exploiter des chaînes ou ont changé leur orientation, de sorte que certains projets n’ont pas été renouvelés », explique Richard Speer.

« J’ai fait des erreurs stratégiques » avec Fan-O-Web et CMJ, admet-il.

Les difficultés de ces acquisitions de même que le ralentissement en télévision et la vente de stations de radio ont fait passer le chiffre d’affaires d’Attraction Média de 88 M$ à une cinquantaine de millions de dollars. Pour limiter les dégâts, une trentaine de salariés qui ont quitté volontairement n’ont pas été remplacés au cours des derniers mois.

Cela n’a pas suffi. Depuis des mois, l’entreprise négocie avec ses prêteurs un refinancement de sa lourde dette. M. Speer assure être proche d’un accord, mais les créanciers n’ont encore rien approuvé.

Des baristas

Dans le milieu, on s’étonne de certaines dépenses chez Attraction, notamment la présence de réceptionnistes qui jouent également les baristas, de même que de nombreux repas chez Milos, l’un des restaurants les plus chics de Montréal.

« Je ne pense pas que la présence de mes deux baristas explique ce que je vis comme situation », rétorque Richard Speer, en précisant que chez Milos, la table d’hôte du midi est à moins de 30 $.

« Je n’ai absolument pas l’impression d’abuser, bien au contraire », martèle-t-il.

IQ a investi 13,3 M$ dans Attraction Média, tandis que le Fonds FTQ y a injecté 12,7 M$. Comme les autres producteurs, l’entreprise bénéficie également d’importants crédits d’impôt.


► Des Dragons qui ont aussi eu des ennuis

Gilbert Rozon

Alexandre Taillefer

Caroline Néron

► Attraction Média en bref

Revenus : environ 55 M$

Employés : 190

Quelques émissions : Dans l’œil du dragon (Radio-Canada), Les chefs! (Radio-Canada), Passe-Partout (Télé-Québec), En direct de l’univers (Radio-Canada), Au Secours de Béatrice (TVA)