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La ministre Guilbault dénonce le laxisme de Santé Canada concernant la production de cannabis

Annabelle Blais | Journal de Québec

UPAC Guilbault

Simon Clark/Agence QMI

La ministre de la Sécurité publique du Québec Geneviève Guilbault juge «inconcevable» que Santé Canada permette à des criminels de cultiver du cannabis et promet de rencontrer le gouvernement fédéral pour discuter du sujet.

« Le laxisme dont fait preuve Santé Canada concernant les permis octroyés pour la culture du cannabis est ahurissant », a-t-elle déploré, vendredi, en réaction aux révélations de notre Bureau d’enquête au sujet des permis de culture accordés à des personnes criminalisées ou qui ont frayé avec les Hells Angels.«Je demande à l'organisme fédéral d'effectuer une meilleure vérification des individus à qui ils octroient des permis», a exhorté la ministre.

«Je demande à l'organisme fédéral d'effectuer une meilleure vérification des individus à qui ils octroient des permis», a ajouté la ministre.

Nous avons effectivement dénombré une dizaine de cas troublants comme ce membre en règle des Red Devils East Side, un groupe parrainé par les Hells qui possède un permis de culture alors qu’il a des antécédents en matière de production de cannabis.

Il a été arrêté à Terrebonne en février 2017 alors qu’il était « tenancier » du bar Le Maverick. Cet établissement a perdu son permis de boisson après qu’une plantation de 787 plants a été découverte dans une pièce adjacente derrière le bar.

Ces permis sont accordés à des personnes qui ont une prescription de cannabis thérapeutiques obtenu auprès d’un médecin et qui demandent ensuite à Santé Canada d’être autorisé à cultiver leur cannabis pour leur consommation personnelle.

Certains policiers ont ainsi constaté que certains individus écoulent leur surplus de cannabis sur le marché noir.

Pas d’enquête

Santé Canada ne fait pas d’enquête sur les demandeurs et refuse que très peu de monde. Selon son règlement, seules les personnes qui ont commis des infractions en lien avec le cannabis alors qu’elles étaient en possession d’un permis peuvent se le faire refuser.

Entre octobre 2018 et juin 2019, seulement 108 demandes ont été refusées sur près de 26 000 traités et acceptées.

Santé Canada est d’ailleurs incapable de dire combien de producteurs de cannabis ont été autorisés à cultiver à des fins personnelles, car ils ne se soumettent pas à des vérifications de casier judiciaire.

« Ce sont nos corps policiers qui doivent composer avec cette problématique par la suite », a souligné la ministre Guilbault.

Plusieurs sources nous indiquent que les policiers en ont « ras le bol ». C’est comme si Santé Canada avait légalisé les activités du crime organisé, illustre une autre personne qui a voulu garder l’anonymat.

Des corps policiers et des municipalités ont fait des représentations, auprès de Santé Canada, des ministres et des députés, en vain.

La ministre promet d’aborder cet enjeu avec le ministre fédéral de la Sécurité publique dès qu’il sera nommé. « Il est inconcevable que des criminels puissent faire pousser du cannabis avec l'aide de Santé Canada », a-t-elle dit.