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L’homosexualité, un péché? Vraiment?

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Est-ce que c’est un péché d’être gai?

Andrew Scheer venait à peine de survivre aux 7 heures de rencontre avec ses députés derrières des portes closes, qu’encore une fois, la question de sa foi et des droits des gais est revenue le hanter.

Et, encore une fois, il a donné une réponse de politicien pour épargner la chèvre et le chou.

«Nous avons été clair pendant la campagne, et au cours des derniers mois et années, que notre parti est inclusif et nous croyons en l’égalité des droits de tous les Canadiens.»

Entendons-nous, c’est le strict minimum pour quiconque aspire à gouverner le pays!

Le mauvais ménage entre politique et religion

Plusieurs diront que la question est injuste. On ne triture pas Justin Trudeau et Jagmeet Singh sur l’interprétation des dogmes de leurs religions respectives. C’est vrai, mais la foi des chefs du Parti libéral et du NPD n’a jamais donné l’impression de freiner leur engagement envers la promotion des droits des minorités au pays.

Andrew Scheer, lui n’y échappe pas. Certes, son discours a changé par rapport aux années où il militait ouvertement contre l’avortement et le mariage gai. N’empêche, les résultats de l’élection ont confirmé que pour une partie de l’électorat, sa promesse de respecter la Constitution quant à l’égalité des droits ne suffit pas.

C’est une question de nuance. En répétant ad nauseam que le parti conservateur est en faveur de la défense des droits de tous les canadiens peu importe leur race, religion ou orientation sexuelle, Andrew Scheer donne l’impression qu’il s’engage à tolérer l’homosexualité.

On acceptait une telle position de Jean Chrétien et Paul Martin. C’était il y a 15 ans. La société évolue. Tolérer ne suffit plus.

Plus catholique que le Pape

Mercredi soir, Andrew Scheer s’est engagé à «se battre pour les droits de tous les canadiens incluant les droits LGBT.»

Donc il va se battre. C’est déjà mieux.

Mais tant qu’il demeure incapable de dire si l’homosexualité est un péché, son malaise sera évident. Après tout, même le Pape a réussi à mettre de l’eau dans son vin!

Bien sûr le Pape n’en est pas à une contradiction près sur l’homosexualité (on se rappellera son évocation malaisante entre homosexualité et psychiatrie). Mais le chef de l’Église catholique est capable de dire que l’homosexualité n’est pas un péché.

«Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ?» avait affirmé le Pape en 2013.

Imaginez Andrew Scheer dire «si un homosexuel est en faveur d’une réduction de la taille de l’État, tant mieux, le reste on s’en fou!»

Mais non, il se cache derrière des généralités sur l’égalité des droits de tous les Canadiens.

Crever l’abcès

La cohabitation entre conservateurs-sociaux et conservateurs économiques a toujours été fragile au sein de ce parti.

Mais l’ambiguïté du chef irrite assez pour délier les langues.

Quand une députée de Calgary, ouvertement féministe et assez désinhibée, déclare que le statu quo est l’équivalent d’endosser la discrimination dont les gais continuent de faire l’objet, ça en dit long.

En coulisses, on a l’impression que le malaise d’Andrew Scheer face à l’avortement et l’homosexualité, a forcé bien des conversations inconfortables au sein de nombreuses familles du caucus conservateur. Tous et chacun ont été obligés de prendre position auprès de leurs épouses, de leurs filles, auprès de leurs amies et amis et de leurs proches sur ces enjeux. Nombre d’entre eux en sont venus à la conclusion que l’ambiguïté ne pouvait plus durer.

Car, pour en revenir au supposé péché...

Au cours des dernières années, combien de mères, de pères, d’oncles, de tantes, d’amies, de frères ont surmonté leurs appréhensions religieuses face à l’orientation de leur fils, de leur fille, de leur cousine ou de leur frère ou ami ?

Au-delà du bien et du mal, tant qu’Andrew Scheer affichera son malaise face à cette question, il risque de s’aliéner tous les électeurs qui ont évolué sur cette question. Et peu importe les diktats du Vatican, cette part de l’électorat ne cesse d’augmenter.

Elle est là l’intersection entre la foi du chef conservateur et les perspectives électorales bien partisanes de son parti. Il est là, aussi, le dilemme auquel ses militants seront confrontés d’ici avril prochain.