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«C’était comme une peine d’amour» - Fred Pellerin

Raphaël Gendron-Martin - Le Journal de Montréal

Il y a quelques mois, Fred Pellerin annonçait qu’il ne prêterait plus sa voix aux populaires visites guidées de son village, Saint-Élie-de-Caxton. En froid avec le conseil de ville, le conteur dit avoir vécu cette rupture comme une peine d’amour.

C’est un Fred Pellerin de bonne humeur que nous avons retrouvé au Marché Atwater, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Le conteur enchaîne ces jours-ci les entrevues pour promouvoir la sortie du livre tiré de son spectacle Un village en trois dés.

« J’en suis au deux tiers de la tournée, dit-il. J’ai fait 280 spectacles et on va se rendre à 400. »

Pourquoi ne pas avoir attendu la fin des représentations pour sortir le livre? « Parce qu’après deux ans, le spectacle a atteint un niveau de murissement à mon goût, répond-il. Il est mur, arrondi, poli, sablé et verni. Et après deux ans, j’avais peut-être besoin d’écrire pour me redonner une swing. »

Car ses spectacles, Fred Pellerin ne les écrit jamais en début de tournée. Sur un gros carton noir, il écrit plutôt des structures pour ses histoires.

Pour la première fois, Fred Pellerin a aussi déposé sur les plateformes d’écoute en continu, dont Spotify, tous ses spectacles précédents. « Pourquoi maintenant? Parce qu’il était temps! (rires) Maintenant que je suis numérique, c’est le marché international. »

« Je trouve ça triste »

Il nous était impossible de rencontrer Fred Pellerin sans lui demander des nouvelles de son village, Saint-Élie-de-Caxton. « Je suis très allégé que ce soit terminé, admet-il, en référence à la controverse des visites guidées. Il y a un an, avec la Féerie de Noël, c’était parti en couille. Et quand j’avais dit que je ne le faisais plus, j’avais su qu’il y avait eu une tentative de récupérer mon matériel. »

Il y a quelques semaines, le conteur annonçait qu’il terminait aussi de travailler sur les visites guidées estivales, après 12 ans de collaboration. Est-ce que cette rupture a fait mal? « Mets-en, répond-il. On a créé ça de toutes pièces, Jeannot [Bournival] et moi. C’était fait avec du jus de bras. »

« Il y a un an, c’était une peine d’amour, ajoute-t-il. Au début, j’étais fâché. Là, je trouve ça triste. [...] Mais je ne suis pas moins impliqué au village qu’avant. Toutes ces heures-là, je les mets ailleurs. Mes oeufs, je les reprends et je vais les remettre dans un autre nid. »

Récemment, le conteur a créé la Fabrication d’origine caxtonienne (FOC) qui certifie des produits locaux. « C’est comme une appellation d’origine contrôlée, dit-il. Il y a d’autres villages qui emboitent le pas. On continue à faire plein de belles affaires, mais elles sont moins visibles car ce n’est pas dans le truc touristique. Mais je ne m’investis pas moins. »

Même s’il s’attriste de la situation avec la municipalité, Fred Pellerin n’en est pas moins fier d’avoir permis à Saint-Élie-de-Caxton de rayonner sur la scène provinciale. « Je suis super fier. Ce qu’on a fait dans ce village-là, on ne me l’enlèvera jamais. Je ne l’ai pas fait seul, on était en gang. La communauté est encore là, par chance. Je pense qu’elle se renforcit de ça. »

Le village pourrait-il retourner dans l’ombre, avec le tourisme qui a grandement diminué dans la dernière année? « Ça pourrait, répond-il. Mais on n’était pas malheureux avant. C’est correct aussi. Ce pourquoi j’ai toujours travaillé, c’est de participer à la dynamisation d’un milieu de vie. Si la chose touristique meurt, le village ne meurt pas. Ce n’est pas nécessaire. La petite fête, la grande tablée, les soirées littéraires, on les fait pareil. Il y a quelques commerces qui risquent de pâtir, mais c’est hors de mon contrôle. »

Salebarbes

En plus de ses propres projets, Fred Pellerin a récemment accepté de travailler avec le groupe Salebarbes, dont font partie les frères Jonathan et Éloi Painchaud et Jean-François Breau. « Au début, ils m’ont approché pour la mise en scène [de leur spectacle]. Mais je ne me sentais pas comme ça. Je suis plutôt un troisième œil. Je leur suggère des affaires, des présentations de tounes. [...] Je ne me vois pas metteur en scène. Mais c’est un autre des plaisirs. Ma ligne principale est le conte, c’est mon boulevard. Après, il y a écrire un livre, faire un disque. »

Depuis déjà 20 ans, Fred Pellerin traverse l’Atlantique pour aller présenter ses contes sur le vieux continent. Dans quelques jours, il retournera en France. « J’y vais cinq fois cette année, dit-il. J’y retournerai en janvier, après en avril ou mai, en juin ce sera la Suisse, et retour en France en octobre. »

« Je donne 30 dates par année en France, sur quatre voyages. Ça pourrait grossir, mais je ne peux pas en donner plus. Ça impliquerait de m’installer là des longs bouts de temps. J’ai trois enfants et je n’ai pas le goût de faire ça. »

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