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L’abolition des frais de retard à la bibliothèque fait du chemin

Geneviève Quessy | Journal de Québec

PHOTO COURTOISIE, VILLE DE NOTRE-DAME-DES-PRAIRIES

Une deuxième bibliothèque publique au Québec vient d’abolir les frais pour les livres en retard.

À l’instar de la Ville de Baie-Comeau, qui a été la première dans la province à abolir les frais de retard de sa bibliothèque il y a un an, Notre-Dame-des-Prairies a fait de même le 31 octobre dernier.

Le mouvement, qui prend de plus en plus d’ampleur à travers le monde, vise à maintenir l’accès à la culture et à l’alphabétisation aux clientèles défavorisées.

« On s’est rendu compte que les amendes entraient en opposition avec notre mission d’accessibilité, en créant une barrière financière. Certaines familles qui n’arrivaient pas à payer les frais finissaient par ne plus fréquenter la bibliothèque, c’est pour ça qu’on les a abolis », explique Daphnée Trudel, responsable de la bibliothèque située dans Lanaudière.

L’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) recommande d’éliminer ces frais.

« D’un côté, on investit des sommes importantes pour aller rejoindre les populations, et d’un autre côté on crée une barrière économique pour les clientèles à faible revenu, ça n’a pas de sens », soutient sa directrice, Ève Lagacé.

Autant en Europe qu’aux États-Unis, partout où il y a abolition, on constate au bout d’un an des hausses de fréquentation d’au moins 10 %, selon elle.

« Il y a d’autres façons d’inciter les usagers à rapporter les livres. Le dossier sera bloqué pour les emprunts tant que les livres ne sont pas rapportés, et ça fonctionne », explique Mme Lagacé, qui ajoute qu’abolir les frais de retard n’est pas une perte financière pour les bibliothèques.

« Avec 0,4 ou 0,5 % d’un budget, les frais de retard sont loin d’être une source de revenus. Surtout que les ressources qu’il faut pour gérer tout ça ont souvent des coûts plus élevés. »

Depuis 2017, la gratuité de l’abonnement est devenue une condition au financement des bibliothèques par le gouvernement provincial. Il pourrait arriver la même chose pour l’abolition des frais de retard.

Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) confirme la possibilité que cette abolition puisse devenir une condition au financement des bibliothèques.

« Tous les programmes du ministère sont analysés selon un plan ministériel d’évaluation. Lorsque le programme d’aide au développement des collections des bibliothèques publiques autonomes sera analysé, la possibilité de faire de l’abolition des frais de retard une condition d’admissibilité pourra être étudiée », confirme le MCC.