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Les adolescentes «aventureuses» inquiètent les autorités

Valérie Gonthier | Le Journal de Montréal

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Les autorités s’inquiètent grandement des « aventureuses », ces jeunes filles en quête de sensations fortes, à l’aise avec leur corps et leur sexualité, qui sont des proies faciles pour les proxénètes sans vergogne.

Les aventureuses ont toujours fait partie de la problématique de l’exploitation sexuelle. Mais aujourd’hui, la facilité à les piéger est déconcertante.

En effet, les réseaux sociaux sont devenus un véritable buffet pour les proxénètes à la recherche de jeunes filles à exploiter.

« Les jeunes sont parfois téméraires, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, ce sont les opportunités plus nombreuses que jamais, une jeune n’ayant même plus à sortir de chez elle pour se faire harpon­ner par un proxénète, un exploiteur ou un client », illustre le sociologue Michel Dorais. Ce dernier a été le premier à souligner la tendance des aventureuses en 2006, dans son livre sur la prostitution juvénile intitulé Jeunes filles sous influence.

Phénomène en croissance

Mais le phénomène s’intensifie, s’inquiète Fady Dagher, directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil.

« L’aventureuse, c’est celle qui est dans l’angle mort, qu’on n’a pas vu venir. Celle qui du jour au lendemain, à la moindre opportunité se dit : pourquoi pas ? Je vais faire de l’argent, avoir du bon temps... », explique le chef Dagher.

L’officier d’expérience insiste auprès des parents de jeunes filles pour qu’ils entament une discussion à ce sujet avec leurs enfants.

« Elles banalisent l’hypersexualisation et choisissent de prendre une chance, excitées par l’aventure. Elles veulent voir ce qu’elles pourraient découvrir là-dedans. Ça fait en sorte qu’au début, c’est excitant, mais rapidement, ça devient dangereux et violent. Et elles finissent par rester prises dans le cercle vicieux de l’exploitation sexuelle », ajoute-t-il.

Les mineures populaires

D’autres experts remarquent l’attrait de l’industrie du sexe parmi les adolescentes.

« C’est de plus en plus populaire chez les jeunes », dit Nathalie Gélinas, responsable des Réseaux délinquants au Centre jeunesse de Montréal.

« On observe chez les filles plus à risque qu’elles s’en parlent entre elles, poursuit-elle. Elles se demandent : “est-ce que tu fais le shift ?”, ce qui veut dire faire des clients. Alors qu’il y a plusieurs années, c’était caché. »

Si plusieurs proxénètes s’abstiennent­­ d’enrôler des mineures, pour éviter la pression policière ou même de lourdes peines, le marché en reste malgré tout un de teenagers [adolescentes], souligne la criminologue Maria Mourani.

Et ces jeunes filles sont issues de toutes les classes sociales.

« Ce ne sont pas juste des jeunes qui ont des carences affectives, qui sont hypothéquées par la vie. Mais plutôt qui ont un intérêt pour le mode de vie jet set. Ou aussi une jeune qui se sent étouffée, qui a un grand besoin de liberté », indique le chercheur René-André Brisebois.

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