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Roman Polanski dans la tourmente

Agence France-Presse

La nouvelle accusation de viol contre Roman Polanski, la première portée par une Française, a relancé la polémique autour du réalisateur, toujours poursuivi par la justice américaine, mais qui bénéficie depuis plus de 40 ans de soutiens dans le monde du cinéma en France.

Adèle Haenel, l’une des actrices les plus prisées en France, qui a elle-même accusé ces derniers jours un réalisateur d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel quand elle était adolescente, a appelé à « soutenir » Valentine Monnier, la nouvelle accusatrice de Polanski.

L’actrice avait déjà jugé lundi, dans un entretien au média en ligne Mediapart, que la situation de Roman Polanski, toujours poursuivi par la justice américaine dans le cadre de la procédure pour détournement de mineure lancée en 1977, constituait « malheureusement un cas emblématique ».

Quelques jours après son témoignage, qui a ébranlé le cinéma français, Le Parisien a publié vendredi celui de Valentine Monnier, photographe et ancienne mannequin, qui accuse Roman Polanski de l’avoir violée en 1975 en Suisse alors qu’elle avait dix-huit ans.

L’avocat de Roman Polanski a « contesté fermement toute accusation de viol ».

Cette Française, dont les accusations s’ajoutent à celles d’autres femmes ces dernières années, n’a pas déposé plainte pour ces faits, prescrits. Mais elle affirme avoir décidé de porter publiquement cette accusation en raison de la sortie en France, mercredi prochain, du nouveau film de Polanski « J’accuse », Grand prix du jury à la Mostra de Venise, qui porte sur une célèbre erreur judiciaire, l’affaire Dreyfus.

« Célébrer des prédateurs »

« Valentine Monnier. Je te crois et je te soutiens », a tweeté la comédienne belgo-néerlandaise Sand Van Roy, qui a elle-même porté plainte contre le cinéaste Luc Besson pour viol et a relayé aussi un message de soutien de Karine Isambert, qui avait témoigné l’an dernier auprès de Mediapart contre Luc Besson pour des comportements déplacés.

« Roman Polanski accusé (...) Pourtant les gens continuent à célébrer des prédateurs », a réagi de son côté Rosanna Arquette, accusatrice de la première heure d’Harvey Weinstein.

Plusieurs militantes féministes ont aussi affirmé leur soutien à Valentine Monnier, comme Anaïs Leleux du collectif #NousToutes. « Pensée à Valentine Monnier et à toutes celles qui ont également été victimes d’hommes puissants », a-t-elle tweeté, estimant aussi sur la chaîne BFMTV que « le fait qu’il continue de recevoir des prix pose à chaque fois question aux militantes, mais aussi aux femmes victimes ».

« L’impunité de Polanski est grande, et nous ne nous tairons pas! », a affirmé l’association Osez le féminisme!.

Des courriers transmis

En 2017, des féministes avaient manifesté en France contre une rétrospective consacrée à Roman Polanski à la Cinémathèque de Paris, tandis que la même année, il avait dû renoncer à présider les Césars sous leur pression. Mais il avait été soutenu par ces institutions alors que, aux États-Unis, l’Académie des Oscars a décidé de l’exclure.

Ces réactions interviennent alors que le milieu du cinéma français, resté jusqu’ici assez silencieux sur ce nouveau témoignage, est régulièrement soupçonné de protéger Roman Polanski, qui avait fui les États-Unis pour venir s’installer en France en 1978.

La star du cinéma français Catherine Deneuve, qui avait tourné avec lui dans « Répulsion », a plusieurs fois soutenu le réalisateur, comme elle l’a fait à nouveau lors de la Mostra, où la sélection de « J’accuse » en compétition avait indigné les féministes.

Valentine Monnier dit avoir raconté son histoire depuis 2017 dans des lettres à la police de Los Angeles, à la femme du président français Brigitte Macron, au ministre de la Culture Franck Riester et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité hommes femmes Marlène Schiappa. Le cabinet de Brigitte Macron a confirmé samedi avoir bien reçu deux lettres de la photographe, transmises au gouvernement.

Dans une lettre datée de mars 2018, Marlène Schiappa salue quant à elle le courage de Mme Monnier, tout en rappelant que « les faits sont prescrits pour la justice française ».

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