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Trop facile d’exploiter une jeune fille

Valérie Gonthier | Journal de Montréal

Martin Alarie / Agence QMI

Beaucoup d’argent pour peu d’efforts, faibles coûts d’exploitation de la business, vaste bassin de proies : si le nombre de pimps explose ces dernières années, c’est qu’il est rendu trop facile de le devenir.

« Ce n’est pas pour rien que la traite de personnes est le deuxième crime le plus payant au pays », déplore le député et ancien policier, Ian Lafrenière.

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« Si tu te fais prendre avec de la cocaïne dans ta voiture, tu te fais arrêter. Mais un proxénète peut rouler en voiture avec une fille, même mineure, et il ne se fera pas arrêter pour ça. Les risques sont presque à zéro », illustre-t-il.

200 000 $ par fille

Cette semaine, à l’ouverture de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs qu’il préside, M. Lafrenière a signalé qu’un proxénète « moyen » exploite de cinq à six filles et empoche entre 200 000 $ et 300 000 $ pour chacune d’elles, annuellement.

Attirés par cette montagne de billets, de jeunes hommes, souvent déjà impliqués dans la criminalité, vont se tourner vers l’exploitation sexuelle de jeunes femmes, un délit en apparence moins risqué que les vols ou la vente de drogue, résume Nathalie Gélinas, responsable des Réseaux délinquants au Centre jeunesse de Montréal.

Et ils n’ont pas à chercher bien loin pour apprendre les rudiments du « métier ».

« Ce qu’on voit surtout, c’est l’enseignement d’un plus vieux à un plus jeune. Mais tous les moyens sont bons. Il y en a qui lisent des livres, qui trouvent des blogues », note René-André Brisebois, chercheur au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud de Montréal.

Et les réseaux sociaux viennent amplifier la facilité de recruter.

Pour un pimp en chasse pour de nouvelles « marchandises » à offrir à ses clients tordus, les Facebook, Instagram et Snapchat de ce monde sont une mine d’or.

« J’ai beaucoup de dossiers qui débutent avec une simple demande d’amitié Facebook », signale le procureur de la Couronne Jean-François Roy.

Le truc des photos

Les photos ou informations partagées en ligne, parfois intimes pour les plus insouciantes, donnent des munitions aux proxénètes pour déterminer le moment et l’angle d’attaque.

« Les recruteurs vont percevoir une faille, un intérêt. Si c’est une jeune fille qui s’expose, qui semble plus rebelle ou délinquante, ils vont jouer là-dessus », précise M. Brisebois.

« Avec internet, le proxénète se retrouve maintenant dans la chambre à coucher des jeunes filles, qui partagent n’importe quoi sur les réseaux sociaux, sans se soucier de rien », dit Martin Pelletier, intervenant au module fugue, sexo et toxico du Centre Jeunesse de Montréal.

« Une fille qui publie une photo d’elle en bikini à la plage, c’est normal. Mais celle qui en publie une dénudée dans une salle de bain, ça donne des indices qu’elle peut avoir besoin de se montrer. Ce truc, c’est un proxénète qui me l’a dit », illustre-t-il.