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L’étrange et fascinant sport du chessboxing

Agence France-Presse

Deux combattants d'un genre nouveau, alternant les jeux d'échecs et la boxe, s'affrontent devant un public enflammé lors d'une compétition de chessboxing, la première en France pour ce sport inventé par un auteur de bandes dessinées il y a plus de 20 ans.

La salle du Cabaret Sauvage est remplie en ce samedi soir. Au coeur de la pièce, une table de jeu d'échecs posée au centre d'un ring. Un DJ qui joue de la musique très fort, un présentateur aux allures de rappeur qui surchauffe l'atmosphère et c'est l'entrée des athlètes.

Deux combattants entrent sur scène, torse nu, coton ouaté sur les épaules et capuche relevée sur la tête. Escortés chacun par leur équipe, ils prennent place sur le ring, mais n'enfilent pas les gants de boxe.

Dans ce sport hybride qu'est le chessboxing, la partie - faite de 11 rounds en alternance - commence toujours par les échecs. Les adversaires mettent un casque sur les oreilles pour s'isoler de l'ambiance survoltée de la salle.

«Bouge-toi le pion», peut-on lire sur une pancarte dans le public, en majorité des trentenaires.

Les combattants se lancent alors dans un effort de concentration ultime pour jouer aux échecs en 'blitz' (dans un temps donné). Au bout de 3 minutes, ils interrompent la partie pour passer à la boxe.

Sans casque de protection ni juges pouvant attribuer une victoire aux points, les deux chessboxeurs décochent leurs coups de façon impressionnante.

Au bout de 3 minutes, nouvelle interruption pour retourner... aux échecs ! La sueur qui perle sur tout leur corps, le coeur qui palpite à son maximum et la montée d'adrénaline qui perturbe tous leurs sens, ils doivent revenir à la table des échecs et poursuivre leur stratégie.

«Dans ce passage de la violence de la boxe à la reconcentration sur les échecs, ce sport utilise les deux plus belles capacités humaines, l'intelligence et la force du corps», souligne à l'AFP Enki Bilal, le bédéiste qui a créé le sport, amusé qu'une «invention fugace concentrée dans un album avec un truc narratif, le chessboxing» soit devenu une réalité.

Pour les besoins du dernier opus d'une trilogie, Froid Equateur, paru en 1992, Enki Bilal imagine le chessboxing. Dix ans plus tard, un Néerlandais, Iepe Rubingh, organise un combat bien réel. Une fédération internationale se crée ensuite. Aujourd'hui, ce sont une dizaine de fédérations nationales qui ont émergé dans le monde pour quelque 3500 combattants.

«Quand Ieppe a lu la BD, il a vu tout de suite le sport. La boxe c'est le noble art, y a des règles, des codes, et une élégance, une forme de beauté et inexorablement, une force, une résistance et une intelligence. Et les échecs, c'est un jeu stratégique, mental», relève l'auteur, «touché de voir naître des champions de chessboxing».

«S'entraîner aux échecs, c'est aussi potasser des bouquins. C'est pire qu'un solfège. Ils en ont fait quelque chose de moderne, un sport qui rassemble toutes les qualités de l'humain et ils sont peu nombreux, les sports qui font ça».

Samedi à Paris, la soirée de combats, première du genre en France, a connu un bon succès. Sur les trois combats, deux ont été remportés par K.O technique et un par échec et mat.