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Marche controversée contre l'islamophobie à Paris

Agence France-Presse

Plusieurs milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris pour une marche controversée contre l'islamophobie, qui a divisé la classe politique, surtout à gauche, et suscité des critiques acerbes du gouvernement français et de l'extrême droite.

«Oui à la critique de la religion, non à la haine du croyant», «stop à l'islamophobie», «vivre ensemble, c'est urgent», pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants au milieu de nombreux drapeaux français. «Solidarité avec les femmes voilées», ont scandé des participants.

Quelque 13 500 personnes ont marché dans la capitale, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurence pour un collectif de médias, dont l'AFP, pour cette mobilisation, initiée par plusieurs personnalités et organisations comme le Collectif contre l'islamophobie en France.

L'appel à manifester a été lancé le 1er novembre dans le quotidien «Libération», quatre jours après l'attaque d'une mosquée à Bayonne (sud-ouest) et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité.

Le climat a aussi été alourdi par une série d'attentats jihadistes en France depuis quelques années, notamment ceux du 13 novembre 2015 à Paris.

La France compte entre cinq et six millions de musulmans pratiquants et non-pratiquants, selon les dernières études sur le sujet - ce qui fait de l’islam la deuxième religion du pays, et fait de la communauté musulmane française la première communauté musulmane en Europe.

«On vient alerter, dire qu'il y a un niveau de haine à ne pas dépasser. On est ouverts à la critique, mais il ne faut pas dépasser certaines limites dans l'agression», a déclaré à l'AFP un manifestant, Larbi, un entrepreneur de 35 ans.

«On veut se faire entendre, prôner une société mixte et le vivre ensemble, ne pas être écartés de la société», a déclaré à l'AFP Asmae Eumosid, une femme voilée de 29 ans venue de la banlieue parisienne.

«On entend tout et n'importe quoi sur l'islam et sur les femmes voilées aujourd'hui. On essaie de stigmatiser les musulmans, de les mettre à l'écart de la société», a assuré cette ingénieure dans l'automobile.

«Avec ou sans foulard, on en a marre d'être les dernières de la classe», souligne Nadjet Fellah, infirmière, qui s'est battue en Algérie contre le port du voile. «J'ai choisi de ne pas le porter, mais ça me fait mal que celles qui le portent soient prises à partie».

À Marseille, quelques centaines de personnes - familles musulmanes, mais aussi syndicalistes et militants de gauche - se sont également rassemblées dimanche après-midi sous des pancartes «l'islamophobie tue». La foule a scandé «nous sommes tous des enfants de la République».

Claudine Rodinson, retraitée de 76 ans, venue avec une poignée de militants du parti d'extrême gauche Lutte ouvrière, ne comprend pas ceux qui «à gauche, ont perdu leur dignité».

«Il y a une propagande scandaleuse faite contre les musulmans, un amalgame entre terrorisme et islam», dénonce-t-elle.

Depuis l'appel à manifester, la classe politique se déchire sur cette thématique. La notion même d'«islamophobie» ainsi que l'identité de certains signataires de l'appel ont conduit une partie de la gauche, dont le Parti socialiste, à ne pas s'y associer.

Le PS a annoncé travailler à l'organisation d'une prochaine manifestation contre le racisme.

Mais dans le cortège parisien, plusieurs élus de la France insoumise (gauche radicale) étaient bien présents au côté de leur chef de file Jean-Luc Mélenchon.

Également dans la rue, Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste, estime qu'«il y a un climat de haine contre les musulmans». «On ne peut rester les bras ballants», ajoute-t-il, fustigeant au passage les attaques de la présidente du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen.

Celle-ci a lancé dimanche soir dans un tweet: «avis aux manifestants : l'islamisme a tué beaucoup plus de musulmans en France (Merah, Nice...) que l'islamophobie (qui n'en a fait aucun)! Ceci révèle l'étendue de votre arnaque!».

Plusieurs membres du gouvernement ont également eu des mots très durs sur cette initiative, qualifiée d'«insupportable», «clientéliste et communautariste» par le secrétaire d'État responsable de la Jeunesse, Gabriel Attal.

Évoquant des «ambigüités», Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, a estimé que la marche dressait les gens «les uns contre les autres».